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Flirey le drame

63e R.I. au repos dans le village de Maney ( Domèvre-en-Haye 54385) . Avril 1915

Tous nos remerciements à J-Y D.

Quelques-uns uns d'entre eux sont des survivants des hécatombes de 1914. Ils ont tout vu, tout supporté, les copains qui tombent, la retraite sans fin, les combats meurtriers, ceux de Blagny, la Besace, Marson, Saint-Léonard, Jonchery, et maintenant ceux de Regniéville! Des charges à la baïonnette où les hommes sont fauchés par grappes entières dans des attaques insensées.


Oui, ils pensent à ces attaques incessantes, celle du 3 avril où deux tranchées ont été successivement enlevées, celle du 4 quand ils ont cru, à tort, que le 107e RI allait les relever, eux qui étaient épuisés, celle du 5 sous la pluie ou 515 officiers et soldats dont le commandant Ymonet sont tombés en criant, " pour la France!"(Extrait du  JMO >165) –– (Extrait du JMO >168)

Comment ne pourraient-ils ne pas penser, à ces jours trop longs, à ces nuits sans sommeil, à ces repos trop courts, à tout ce sang versé pour quelques mètres carrés de terrain boueux. Quelques jours passés à l'arrière et, déjà, les revoilà repartis pour le front ; le 18 avril ils étaient en première ligne ou le 2eme bataillon commandé par le commandant Penavrayre prend position devant le bois de Mortmare à l'ouest de la route Flirey-Essey, objectif ; conquérir un tronçon de tranchée que le 78e RI, malgré les efforts déployés, n'avait pu complètement nettoyer. (Extrait du JMO >164)

le château de Manonville, une de ses salles servait de poste de secours au 63e RI

Sources :

Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 - Auteur J.Nouaillac

Article du journal la CHARENTE LIBRE du samedi 11 novembre 2000. Auteur M. Bernard Petit.

Les Crimes des conseils de guerre, Paris, 1926 - 324 p.  Auteur R.-G Réau

Archives départementales de la Creuse (Guéret) .

Site : Mémoire des hommes Ministère de la défense S.G.A. Secrétariat Général pour l'Administration

© Regard de soldat : La Grande Guerre vue par l'artilleur Jean Combier

J.M.O. Journal de Marche et des Opérations du 63e R.I. 1914 1918


Flirey avant la guerre



Les ruines de Flirey



Les ruines de Flirey

Tranchées - Flirey 1915

Contexte historique.


En avril 1915 la 5e compagnie du 63e régiment d’infanterie est désignée -- suite à un refus (non senctionné) de monter en ligne d'une partie des troupes du 107e R.I.  - - Pour en savoir plus - -    pour attaquer en Lorraine dans le secteur de Regnéville. Les combats sont difficiles et les pertes élevées : les soldats se heurtent aux réseaux de barbelés allemands que l’artillerie française peine à détruire. Puis les hommes apprennent que la compagnie est associée au 31e corps d’armée pour mener une nouvelle attaque alors qu’ils pensaient pouvoir se reposer après les combats.


Mardi 20 avril 1915

Le froid est encore vif en ce début de printemps 1915. Les soldats du 2e bataillon du 63e régiment d'infanterie se tiennent au garde à vous, en rangs serrés, dans une carrière aux alentours de Manonville. Les hommes insensibles au froid ont le masque rigide et les yeux durs ; ils réfléchissent, à eux, aux autres, à la vie.






Le régiment va prouver, à nouveau, et sans retard, au cours de cet aigre printemps, qu'on peut tout attendre de lui. Dans un secteur ingrat, qui est devenu pour nous le " secteur des attaques ", on va user et même abuser du 63e.

Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 57


Lundi 19 avril 1915

Sous un effroyable tir de barrage les sections tassées dans les tranchées de première ligne se préparent à l'assaut, un coup de sifflet retentit. En tête des sections les gradés de la 5e compagnie ( tirée au sort pour participer à l'assaut) s'éjectent en terrain découvert mais ils ne sont suivis que par une poignée de soldats, les autres, la grande majorité, 'n'a pas bougé, les soldats refusent de monter sur le glacis, « Sur quinze hommes qui venaient de franchir le parapet, douze sont tués ou blessés et gisent devant les yeux de leurs camarades »(R.-G Réau, Les Crimes des conseils de guerre, Paris, 1926, 324 p.) .Voyant que leurs camarades ne suivent pas, les quelques soldats qui avaient franchi le parapet, reviennent en arrière, les officiers, le capitaine et les lieutenants, tout en lançant des jurons, ne peuvent que rebrousser chemin.(Extrait du JMO >166) Le capitaine Dubost précisera, en 1934, devant la cour spéciale de justice militaire que ces hommes « étaient victimes d’une injustice. J’aurais sorti mon révolver que cela n’aurait rien changé. J’insiste sur ce point : c’est parce qu’ils étaient victimes d’une iniquité qu’ils n’ont pas marché » (Roger Monclin, Les Damnés de la guerre, Paris, Mignolet et Storz, 1935, 143 p).


Les hommes se plaignent en disant que ce n'est pas leur tour de franchir le parapet, que ce sont toujours les mêmes qui vont au feu sans tenir compte de leur épuisement.


Sur rapport du lieutenant-colonel Paulmier, le général  Delétoille (chef du 31e corps d'armée de 1914 à 1916) a ordonné de faire un exemple et de faire fusiller la compagnie entière ! ... Après de pénibles tractations avec le lieutenant-colonel Paulmier, qui, lui, essayera jusqu'au dernier moment de sauver ses hommes, il sera décidé de désigner six soldats dans la 5e compagnie et de les fusiller sur-le-champ pour refus d'obéissance. Ce nombre sera réduit à cinq grâce au courage du sous-lieutenant Boulant chef de la 4e section, qui s'interposera malgré le risque de sanctions très graves auxquelles il s'expose. Une deuxième concession sera faite ; celle de faire passer les soldats désignés devant un tribunal d'exception.


Le général JOFFRE de passage dans le secteur, ayant eu vent de l'affaire aurait rejeté la clémence et exigé la plus grande sévérité, menaçant même de retirer son drapeau au 63e pour cette défaillance qu'il jugeait inadmissible.


Le lieutenant-colonel Paulmier ne peut que s'incliner devant cet ordre qu'il juge injuste mais, jusqu'au bout, il refusera que le peloton d'exécution soit composé de soldats du Limousin. On éloigne les vieux briscards du régiment et, pour composer le peloton d'exécution, on choisi les nouvelles recrues de la classe 15 qui viennent d'arriver au front et qui ne connaissent pas les victimes désignées.


Après un  tirage au sort trois soldats seront désignés, le caporal Morange (choisi au hasard dans le carnet du sergent Chaufriasse), les soldats Baudy et Prébost. La faute impardonnable qu'on leur reproche (non confirmée) : c'est d'être dans le civil des ouvriers affiliés au syndicat de la C.G.T (la Confédération Générale du Travail a été fondée à Limoges le 23 septembre 1895).


Le soldat Fontanaud et le soldat Coulon seront semble t'il, quant à eux véritablement désigné par un tirage au sort de numéro effectué par les chefs de section, le lieutenant M. et les adjudants D. et C. -- François Fontanaud est désigné après que le lieutenant Mesnieux ait demandé à un soldat de dire un nombre. Il choisit le 17. François Fontanaud est le dix-septième nom de la liste. Le soldat Coulon sera sauvé in extremis devant la cour martiale pour avoir suivi une ligne de défense qui impliquait l'irresponsabilité " simplicité d'esprit ", ligne de défense que ses camarades d'infortune, trop francs et trop las de ces sacrifices inutiles n'ont pas voulu suivre malgré les injonctions de leur défenseur désigné, le lieutenant Minot.

Conseil de guerre spécial du 63e Régiment d'Infanterie séant aux carrières de Flirèy

Président : Commandant Bonnal

Juges : Capitaine Barthélémy, Adjudant Choupinaud

Commissaire du gouvernement : Capitaine de Roffignac

Greffier Adjudant Julien

Tous nommés par le Lieutenant-Colonel Commandant du 63e Régiment d'Infanterie.




Voilà pourquoi ce mardi 20 avril 1915 à quinze heures, le 2e bataillon du 63e RI est aligné devant ce petit bois, face à quatre hommes agenouillés qui ont les yeux bandés. Alors, comment ne pas penser, à la vie, à la mort et certainement à l'injustice.  


Une salve suivie de coups de grâce met fin à la vie des quatre suppliciés qui furent aussi, ne l'oublions pas, quatre braves du 63e.

Le lieu de l'exécution se situe dans le vallon à un kilomètre au nord-ouest de Manonville (sources militaires)

 *lieu supposé d'après nos recherches : en bordure de la départementale D907 aux alentours du ruisseau d'Esch  -- non confirmé)


Les quatre procès-verbaux de décès et d'inhumation ont été rédigés par le Docteur Puifferat. Les quatre  corps furent inhumés à environ six cents mètres au nord-ouest du village ( Manonville)


Vous trouverez-ci dessous leurs noms et prénoms et je crois que, même après tant d'années écoulées, la plus belle marque de respect que nous puissions offrir à ces soldats, c'est de graver leurs noms dans notre mémoire car, eux aussi, sont également tombés pour la France.(Article journal 1925)  

Caporal Morange Antoine, né le 20 septembre 1882 à Champagnac (Haute-Vienne)  -- Employé de Tramaways à Lyon -- réhabilité en 1934. Une rue porte son nom à Villeurbanne (Rhône)

Soldat Baudy Félix François Louis, né le 18 septembre 1881 à Royére (Creuse) -- Maçon --réhabilité en 1934

Soldat Présbot henri-Jean, né le 1er septembre 1884 à St-Martin-Chateau (Creuse) -- Plombier -- réhabilité par jugement de la cour spéciale de justice militaire le 30 juin 1934

Soldat Fontanaud François, né le 10 décembre 1883 à Montbron (Charente) -- Cultivateur -- réhabilité en 1934


Les corps de Prèbost et Fontaneaud sont rendus à leur famille le 17 novembre 1922.

Ceux de Baudy et Morange ne seront restitués que le 19 mars 1923.

La cour spéciale de justice militaire fut saisie le 2 juin 1934 aux fins de révision.

Les poilus de Flirey seront réhabilités par l’arrêt rendu le 29 juin 1934.


Documents d’archives

Cliché de  Jean Combier pris le 20 avril 1915 à Flirey

Source © Regard de soldat : La Grande Guerre vue par l'artilleur Jean Combier


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