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DE L'ARDENNE A LA MARNE - LE MOIS TERRIBLE

(Août - Septembre 1914)


Le 63° quitte Limoges, sous le commandement du lieutenant-colonel Paulmier, le 5 août 1914, et débarque en Argonne, dans la région de Valmy.


Le 12° corps est bientôt engagé dans la grande bataille des frontières. Le régiment, plein d'ardeur, malgré la chaleur accablante, marche au nord-est, traverse la région boisée de Varennes et de La Ferté. Dès le 18, on entend le canon : la IV° armée prend l'offensive dans le Luxembourg belge (22-23 août). Le 12° corps est victorieux, mais obligé d'obéir à l'ordre général de repli sur la Meuse. Le régiment, au moment de s'engager, doit faire demi-tour dans la forêt d'Orval. Il est chargé de couvrir la retraite. C'est le début d'une dure période où les trois bataillons fourniront quotidiennement l'arrière-garde du 12° corps jusqu'à la victoire de la Marne.


Le combat de Blagny

(24 août)


Le 24, dans le région de Carignan, baptême du feu ; à 1 heure de l'après-midi le 1er bataillon (de Villadary), près du village de Blagny, se porte à l'attaque de l'infanterie ennemie qui serre de près la 24e division. Les nôtres exécutent, méthodiquement, comme à la manœuvre, plusieurs charges à la baïonnette ; la progression allemande est arrêtée ; le bataillon a perdu une centaine d'hommes, mais il a retardé jusqu'au lendemain le passage de la Chiers par l'ennemi (1) .


Le combat de La Besace

(28 août)


Le 12e corps livre bataille pour empêcher l'Allemand de franchir la Meuse. Dès 8 heures du matin, le régiment est appelé à renforcer la ligne. Etabli à la lisière du bois de Yoncq, près de La Besace, il repousse, durant 3 heures, des attaques acharnées. Les efforts, trois fois renouvelés de l'ennemi, se brisent sous le feu nourri de nos mitrailleuses et de nos fusils. Il ne peut déboucher sur les bois.


Mais le 2e bataillon (Gueytat) doit faire front à un ennemi plus nombreux encore et plus acharné. L'ennemi parvient à s'infiltrer par les cornes des bois, menaçant d'envelopper le régiment. Le bataillon lutte corps à corps et essuie des pertes élevées. Cette belle résistance permet au 63e de s'installer sur une ligne de repli marquée par les hauteurs boisées de Stonne. L'ennemi, fatigué et rendu prudent, laisse passer la nuit sans attaquer nos avant-postes. Notre régiment, qui a perdu 9 officiers et 724 hommes, a contribué au succès du 12e corps. L'armée von Hausser, cruellement éprouvée, a perdu quarante-huit heures et n'a pu produire la fissure dans les armées françaises (2) .


Dès le lendemain, la retraite reprend. Le 63e , toujours en arrière-garde, et tenant en respect les fractions avancées de l'ennemi, gagne la ligne de l'Aisne.


Dures journées de retraite. Nos hommes supportent vaillamment les fatigues écrasantes de la marche, la faim, la soif et toutes les misères de la guerre. Personne ne reste en route. On se " débrouille " à merveille et nul ne désespère du salut de la patrie. Que d'anecdotes pittoresques ou touchantes chaque vétéran du 63e n'a-t-il pas à conter ?


L'engagement de Souain

(3 septembre)


Le 2 septembre, le 63e est dans la région de Souain, en Champagne pouilleuse. Le lendemain, au petit jour, le 1er bataillon reçoit la mission de protéger la retraite d'autres éléments engagés plus au nord. Couchés dans les fossés de la route, nos hommes, pendant 4 heures, dirigent un feu précis sur l'ennemi, qui essaye vainement de déboucher des lisières à 800 mètres de là. Il se décroche sans être trop pressé. Le 1er bataillon continue à protéger le repli des unités qui ont rompu le combat.


L'engagement de Marson

(4 septembre)


Le lendemain, le 3e bataillon (Ymonnet) et une partie du 2e, après une longue marche vers le sud, de Suippes sur Marson, entrent en contact avec l'ennemi par surprise, pendant une grand'halte.


Un parti de cavalerie, des mitrailleuses attelées, une batterie de 77 à cheval, une compagnie cycliste ouvrent le feu sur les compagnies du 3e bataillon qui couvrent la grand'halte. Immédiatement, ces unités se déploient, à cheval sur la route de Marson à Saint-Jean-de-Moindres. La 9e et la 10e compagnie arrêtent l'ennemi par des feux de salves bien ajustés, donnant au reste du régiment le temps de s'installer sur les hauteurs en arrière. L'ennemi hésite et se tient à distance respectueuse (3) .


Le lendemain, le régiment s'embarque à Vitry-le-François, quelque heures avant l'arrivée des Allemands, et descend à Braux-le-Grand, une heure après. C'est la dernière étape de la retraite. Après trente-six heures de repos réparateur, le régiment s'engage dans la bataille de la Marne.


A la bataille de la Marne.- Les combats de Sompuis

(8-10 septembre).- La poursuite.


Le 63e forme l'avant-garde de la 13e D.I., qui protège le flanc gauche de l'armée de Langle de Carry contre une attaque venant de Sompuis (région sud-ouest de Vitry). Le 8 septembre, le 1er bataillon, bien appuyé par notre 75, installé sur le code 196, brise une contre-attaque allemande menée par des forces considérables. L'infanterie ennemie, qui monte à l'assaut en rangs serrés, tourbillonne sur nos feux, et, prise de panique, se disperse dans les bois, laissant de nombreux cadavres sur les terrains. Passant à son tour à l'attaque, avec le 138e, le 63e refoule progressivement les bataillons d'infanterie saxonne qui lui sont opposés et qui se font, dans la journée du 9, massacrer sur place pour protéger la retraite générale des armées du Kaiser. Nos pertes sont très faibles. C'est la victoire ! Tous les hommes sont radieux .


On entre dans Sompuis. On traverse la Marne. On marche droit au nord, sur les talons de l'ennemi qui laisse entre nos mains de nombreux prisonniers. Partout des traces de la déroute, partout des marques du passage des vandales, à Sainte-Menehould, à Souain, à Somme-Py, à Somme-Tourbe. Le 17 septembre , on s'arrête brusquement dans la zone boisée de Perthes-les-Hurlus. L'ennemi s'est retranché dans ses positions de repli. La guerre de mouvement est terminée.


(1) Se sont signalés particulièrement : le lieutenant Capon, le caporal Boucheron, le sergent major artificier Marais.


(2) Se sont distingués : le capitaine Gravelotte, les sergents Nésa et Bellebeau, le soldat Reminièras.


(3) Se sont distingués : les capitaines Faron et de Roffignac, les sous-lieutenants Mays, Poupard et Mercier.


II.


LA PREMIERE BATAILLE DE REIMS

- L'APPRENTISSAGE DE LA GUERRE DE TRANCHEES EN CHAMPAGNE POUILLEUSE

L'ATTAQUE DU 21 DECEMBRE AU BOIS B

( Septembre 1914 - Mars 1915)


Le 18 septembre, le régiment est mis à la disposition du général commandant la défense de Reims. Il regagne le camps de Chalons, et, de là, par une marche précipitée, il se rend dans la ville, que l'ennemi a abandonné pour s'établir sur les hauteurs formidables de Berru. Le 22 septembre, à son arrivée au Belvédère, sur la butte Pommery, un gros obus tue 22 hommes et en blesse 22 autres. Le régiment s'installe immédiatement en première ligne, le long de la voie ferrée, sur un front de 6 kilomètres, du quartier de cavalerie à Saint-Léonard. La bataille de l'Aisne est engagée depuis une semaine, et Reims, au centre, âprement disputée.


Dès le lendemain, le 63e régiment reçoit l'ordre de réaliser des progrès sur tout le front. Le 2e bataillon fait un bon de 200 mètres. Le 24, l'offensive générale de la IXe armée pour l'enlèvement du massif du Berru est annoncée. Vers 6 heures du soir, sous le feu de l'artillerie ennemie, les deux autres bataillons font, à leur tour, un bond de 400 mètres. Le 25, la partie sérieuse s'engage ; sur un glacis presque nu, balayé par l'artillerie et les mitrailleuses ennemies, le régiment gagne encore du terrain et dépasse les premières tranchées allemandes, perdant 150 hommes.


Le lendemain, à 3 heures, à la faveur d'un brouillard épais, une brigade de la garde prussienne, en lignes serrées, attaque par surprise, à la baïonnette, le 2e bataillon aux abords de la ferme de la Jouissance. Les sections de tête, débordées, sont rejetées pêle-mêle sur la voie ferrée, où la 6e et la 8e compagnie se défendent désespérément. Le commandant Gueytat, un grand nombre d'officiers et de chefs de section se font tuer à leur poste. Les débris des compagnies courent se reformer derrière le canal où les sous-lieutenants Brandin et Ménieux organisent la résistance pendant que la 7e (Pénavayre) se cramponne, sur la droite, à la voie ferrée, et que, sur la gauche, le 3e bataillon repousse plusieurs attaques. Cependant, les soldats de la garde prussienne tentent vainement de se retrancher sur le canal. Fusillés à bout portant par les nôtres, pris à partie par le 75 qui en fait un véritable massacre, ils se font tuer, ou se rendent, ou se replient dès la tombée de la nuit. Le 2e bataillon a perdu 11 officiers et 550 hommes, mais la " surprise " de Saint-Léonard a tourné à la confusion des Allemands qui ont laissé sur le terrain un millier de cadavres. Le 78e réoccupe le lendemain les positions perdues.


Quelques jours après, le régiment est relevé, et, malgré son excessive fatigue, repart précipitamment avec la 23e D.I. pour la région d'Aubérive (30 septembre). Dès le lendemain, il prend les tranchées à l'ouest de la ferme des Wacques. C'est la vie de secteur qui commence, pénible, monotone, toute d'endurance et d'obscur sacrifice. Les bataillons se relèvent tous les trois jours. On change assez fréquemment de secteur. De la ferme des Wacques, on va occuper, le 7 octobre, les tranchées en avant de la Suippe, devant Saint-Hilaire-le-Grand, puis, le 16, les tranchées en face d'Aubérive. Les premières organisations sont rudimentaires. Nos hommes apprennent à veiller, à travailler, à améliorer sans cesse leurs positions et leurs abris. Aucune opération importante à signaler. Quelques patrouilles et reconnaissances. Des accidents assez fréquents.


Relevé le 18 décembre, le régiment est désigné pour attaquer, en liaison avec le 78e, les positions allemandes devant Jonchery-sur-Suippes (le 12ecorps a pour mission de percer la ligne entre la cote 147 et Souain). L'ennemi tient une crête dominant la vallée de l'Ain : sa tranchée, par un réseau barbelé, dessine trois saillants qui se flanquent mutuellement : le bois A et le bois B, dont nous devons nous emparer coûte que coûte, le bois C réservé au 78e. la tranchée de départ française court à mi-pente à une distance moyenne de 100 à 200 mètres.


Le 21 décembre, à 9h30, après une heure de préparation par l'artillerie,, les compagnies d'assaut des 1er et 3e bataillons sortent de la tranchée avec un ensemble et un élan admirables. Mais les batteries adverses ont riposté tout de suite ; nos réglages ont été insuffisants ; il n'existe aucune brèche devant nous ; un feu terrible de mitrailleuses se déclenche sur les assaillants. Quelques groupes d'intrépides parviennent, au prix d'un effort surhumain, à sauter dans la tranchée ennemie. Ils s'y font tuer. Impossible de passer. Nos hommes se couchent jusqu'au soir devant les réseaux, tandis que les Allemands tirent sans répit. L'attaque est arrêtée. Le régiment a perdu 11 officiers et plus de 400 hommes (1).


Le régiment assure jusqu'au 23 mars1915 la garde de ce secteur agité qui est soumis, au mois de janvier, à de fréquents et violents bombardements. L'ennemi se maintient sur une stricte défensive. Les bataillons accomplissent des travaux considérables. Des sapes sont poussées jusqu'à 50 mètres de l'adversaire et des tranchées creusées aux abords immédiats des saillants A, B, C. Les périodes de février et de mars sont à peu près calmes.


(1) se sont particulièrement signalés : les capitaines Gravelotte, Capon, l'adjudant Hugonnaud, le caporal Boissard, le tambour Ferrand, les soldats Reminieras, Mention, Bugeat, Malvergne, Delpert, Morgnet.

III.

LE SECTEUR DES ATTAQUES : REGNIEVILLE-EN-HAYE ;

LE BOIS DE MORTMARE - LE DUR PRINTEMPS DE 1915 EN LORRAINE

( Avril - Mai 1915)


Le régiment, relevé à la fin de mars, se rend en Lorraine, où il reçoit l'ordre d'attaquer, pour le 3 avril, dans le secteur de Regniéville, qui s'étend entre le bois Le Prêtre et le bois de Mortmare, au cœur de la Haye mamelonnée, humide et boisée. Ce secteur, jusqu'alors extrêmement calme, vient de se ranimer : une série d'efforts localisés sont tentés pour réduire la hernie de Saint-Mihiel, depuis le bois Le Prêtre jusqu'aux Eparges. Le 63e à droite, le 78e à gauche doivent, " avec une extrême violence ", s'emparer des avancées de Regniéville.


Le 3 avril, à 7 heures du soir, la préparation d'artillerie achevée en 10 minutes, les trois compagnies de tête du 2e bataillon (Pénavayre) sautent dans la tranchée ennemie. La 7e ramasse 12 prisonniers. Une heure après, on enlève le second objectif. Même avance sur la droite, où le 3e bataillon (Bonnal) trouve les lignes évacuées.


On s'organise toute la nuit, mais le travail de raccordement avec l'arrière avance peu, la roche étant très dure et tout le terrain battu. Le 4, à la nuit tombante, la 10e et la 12e exécutent, avec le même élan que la veille, un nouveau bond sur la droite, entre Regniévillle et Fey-eb-Haye.




L'attaque du 5, qui doit faire brèche dans le système entre Regniéville et le bois de Frière, et qui a été dévolue au 107e, est assignée, en dernière heure, au 63e, malgré la fatigue excessive de trois journées de travail et de combat sous la pluie. Après deux heures de préparation, les 6e, 7e et 5e compagnies, à 10 heures, sortent de la tranchée et viennent se jeter sous un feu violent de mitrailleuses, qui les déciment au départ, sur des réseaux intacts. Le 3e bataillon s'est élancé lui aussi. La 10e a trouvé une brèche, s'y est engouffrée, section par section, attaquent avec des effectifs supérieurs. Une partie de la 12e la rejoint. Les deux unités méritent, par leur héroïsme, d'être citées à l'ordre de l'armée :


10e compagnie du 63e R.I. - Conduite par les trois officiers, les sous-lieutenants Rousselot, Evrart et Dubut, a franchi le 5 avril, sous une grêle de projectiles, un glacis d'environ 200 mètres, a traversé trois réseaux de fils de fer ennemis et a pris pied dans la tranchéeallemande.


1re section de la 12e compagnie. - Le 5 avril, à la suite de son chef, le lieutenant Granié , est parti avec le plus bel élan, à l'attaque de tranchées très solidement organisées ; malgré un feu violent, s'est maintenue sur la position conquise où elle a perdu les trois quarts de son effectif.


Arès une longue journée sous les bombes, le régiment est relevé, ayant perdu 15 officiers, parmi lesquels le commandant Ymonet, tué en montant le premier sur le glacis, et 500 hommes.


Après quelques jours de repos, le régiment constitué, est mis à disposition d'une division d'attaque du 31e corps d'armée, chargée d'opérer contre les positions ennemies au nord du village de Flirey. Le nouveau secteur est en mauvais état et très agité.


Le 5 mai, à 7 heures, le 1er bataillon attaque après une courte et excellente préparation d'artillerie. La 2e compagnie (lieutenant Mohr) enlève la première ligne de tranchées et anéantit ses défenseurs. Le lieutenant Célérier, avec la 3e compagnie, dépasse, dans son élan, les objectifs assignés et fait des prisonniers sur le terrain conquis. Trois fois dans la journée, les Allemands tentent d'enfoncer les barrages à la grenade ; ils sont repoussés et les positions restent entre nos mains. C'est un " succès caractérisé ",selon le mot du communiqué ; il nous a causé des pertes relativement peu élevées : 56 morts et 130 blessés (1).


Le régiment tient encore pendant six semaines, sans incidents notables, le secteur de Flirey, où la lutte s'est apaisée, puis il est transporté dans les environs d'Amiens, où il passe, avec la division, à la Xe armée.


(1) Se sont distingués : les lieutenants Gobard, Randoux et Kolb (Bernard), les adjudants Raffier et Tallet, le sergent Rippe, les soldats Goury, Moreau et Vigier (Pierre)




IV.

EN ARTOIS - L'OFFENSIVE DU 25 SEPTEMBRE LA GUERRE DE MINES ET LA LUTTE A LA GRENADE

( Juillet 1915 - Mars 1916)


Après un mois très agréable de repos à Rubempré, le 63e se rend, par camions automobiles, dans la région de l'ouest d'Arras. Le 1er août, il s'installe dans le secteur de Roclincourt, à cheval sur la route d'Arras à Lille. Il va l'occuper pendant huit mois. Il méritera le renom de régiment " tenace et résolu " qui lui sera reconnu officiellement à la fin de la guerre.


Les trois bataillons accolés tiennent un front de 1.200 mètres : la ligne avancée est distante de 20 à 200 mètres de l'ennemi ; on se touche presque par endroits. La ligne de soutien, à peine amorcée, est achevée par nous en huit jours. En avant, le chaos de craies et de boue retournée où est retranché l'ennemi va buter contre la crête de Thélus, qui barre la route du bassin de Lens. Le secteur est, par excellence, le secteur des mines. Une lutte sévère se poursuit entre sapeurs français et allemands. Huit fois en six semaines, les Allemands font sauter la mine et tentent de détruire notre première ligne. Le régiment a la chance de s'en tirer sans accidents graves. Il peut ainsi achever d'importants travaux, pousser en avant une vingtaine de sapes et les relier par une parallèle de départ.


C'est la préparation de la grande offensive. Un rôle important est réservé au 63e . Il attaquera en tête de la brigade, ses trois bataillons accolés, échelonnés en quatre vagues de six pelotons chacune. L'objectif premier est la tranchée du Paradis, dont la conquête permettra l'attaque ultérieure de la crête 132 et des bois de Farbus. L'attaque devra avoir " le caractère d'une ruée ". le travail de notre artillerie dure huit jours : il est formidable.


Le 25 septembre, à midi 25, toutes les vagues s'élancent dans un ordre parfait. A l'aile gauche (1er bataillon), les deux premières gagnent la ligne ennemie (tranchée des Punaises), devant laquelle tombe le commandant Bonnal. Elles repartent, enlèvent la deuxième (tranchée des Cafards), la dépassent et ne s'arrêtent que devant d'infranchissables réseaux demeurés invisibles. Les deux autres vagues nettoient les positions conquises et font des barrages. Mais, aussitôt, de tous les boyaux adjacents, les Allemands débouchent en masse et contre-attaquent à la grenade. Nos hommes, leurs munitions épuisées, résistent avec une énergie prodigieuse pendant deux heures. Tous les officiers sont frappés.


Au centre, même lutte ardente. Le bataillon de droite est tombé sur un réseau à peine entamé. Le commandant Baston est tué en tête de ses hommes. Quelques fractions franchissent néanmoins la première ligne et se battent jusqu'à épuisement. Deux fois dans l'après-midi, on essaye de reprendre l'offensive. Tous les efforts se brisent contre une barrière de feu opposés par des forces supérieures et sans cesse alimentées.


Dans cette très dure journée, le régiment a perdu 2 chefs de bataillon, 8 commandants de compagnie, 31 chefs de section, un millier d'hommes. Mais il a fait subir aux Allemands de grosses pertes. L'ennemi avait accumulé sur ce point, jugé sensible, la plus grande partie de ses forces engagées dans la région d'Arras, ce qui a permis de remporter, sur ce même front d'Artois, des succès marqués. La journée a été très glorieuse. Il faudrait un long chapitre pour conter les actes de bravoure accomplis le 25 septembre (1).


La période offensive achevée, le régiment répare les dégâts causés aux tranchées. On pioche ferme et les organisations défensives s'affrontent de nouveau. A la fin d'octobre, la guerre de mines se rallume. Chaque semaine, de part et d'autre, les premières lignes sont bouleversées par de puissants fourneaux de mines, et des combats sévères se livrent autour des entonnoirs. La journée du 14 novembre est mémorable entre toutes. Dans la " région des entonnoirs ", deux mines sautent et les Allemands attaquent. Superbes d'audace, les grenadiers des 5e, 6e et 7e compagnies, debout au barrage 67, repoussent trois assauts (2).


Un abominable temps " pourri " rend à nos hommes la vie extrêmement pénible, mais ramène en secteur un calme presque absolu en décembre et janvier : c'est la trêve de la boue. Il n'y a, de part et d'autre, à lutter que contre l'envahissement de la fange. Le 28 décembre, le régiment, appuyant sur la gauche, prend le secteur du Labyrinthe et le garde tout d'abord sans incident.


Vers la fin de janvier, le secteur de ranime : les Allemands cherchent à reprendre leurs anciennes positions. Le 25, trois compagnies des 2e et 3e bataillons appuient heureusement une contre-attaque du 78e. les semaines de février sont des plus agitées : bombardements incessants et nombreuses explosions de mines. Devant la tranchée 6, au Labyrinthe, les 14, 17 et 26 février, des cratères s'ouvrent, et nos grenadiers font merveille (3).


Le 5 mars, le régiment abandonne le secteur de l'Artois, cédant la place aux Britanniques, qui relèvent le 12e corps ; après deux semaines de repos dans l'Oise, la division s'embarque pour Verdun


(1) Ont reçu, avec de très beaux motifs : la croix d'officier, le colonel Paulmier ; la légion d'honneur, le capitaine Grenet, les sous-lieutenants Choupinaud et Bonnetaud, grièvement blessés, le sous-lieutenant Brandin.


Ont reçu la médaille militaire : les adjudants Razal, Duchez, Chaufriasse, Benoist du Buis, les sergents Clotin et Jeannicot, le caporal Chalard, les soldats Brion et Ligonat.


Ont été cités à l'ordre de l'armée : les commandants Baston et Bonnal, les capitaines Barthélemy, Mohr, Paté, de Raimond, les lieutenantsMays, Ménieux, Thaury, Deschamps, Hugonnaud, Malet, Perrette, Martegoutte, les adjudants Charles, Barbui, Bruyas, Gayou, Gros, Guyonnet, Javaud, Picard, le caporal Moreau (Albérie), le clairon André, le téléphoniste Dereix, le caporal mitrailleur Nicard, les sergents Audonzechaud, Pasquet (Paul), les soldats Jeutet, Pontacq Authier (Elie).


La 2e section de la compagnie de mitrailleuses a été cité à l'ordre de l'armée pour les services qu'elle a rendus sous les ordres du sous-lieutenant Deschamps, " en assurant par son feu la protection de l'aile gauche du régiment. Elle a réussit à s'installer dans les tranchées nouvellement conquises, bien qu'ayant perdu la moitié de son effectif ".


Au tableau d'honneur du 63e, signalons deux noms consacrés par cette journée : celui du lieutenant Ménieux, fait officier de la Légion d'honneur 24 ans, mutilé au cours de la bataille, officier exceptionnel par son sang-froid et sa bravoure ; celui du sous-lieutenant Malet, tué en montant à l'assaut, professeur au lycée Louis-le-Grand, engagé volontaire à 52 ans.


(2) Se sont particulièrement distingués : le sergent Rebeyrolle, les soldats Jammot et Nicolleau. Le commandant Dewattre (2e bataillon) est fait chevalier de la Légion d'honneur des heureuses contre-attaques ordonnées par lui le 14 novembre. Les équipes de grenadiers des 7e et 6e compagnies, dirigées avec cran par le sous-lieutenant Kale, les sergents Budot, Mayoux, Miermont et Dubois, ont été citées à l'ordre du régiment pour les affaires du 11 octobre.


(3) Se sont distinguées : les sections du lieutenant Reculot, du sous-lieutenant Villate, de l'adjudant Ledot.


V.

VERDUN

(Avril - Juin 1916)


Le 6 avril, le régiment s'installe dans le secteur de Bras, improvisé au cours de la bataille et à peine dégrossi. La ligne avancée, bien aménagée, court sur les pentes sud de la cote du Poivre, sur la rive droite de la Meuse ; elle est tenue par deux bataillons, qui ont chacun, une compagnie et la mitraille en soutien, dans les ouvrages rudimentaires. Pas de véritable boyau de communication.


Le 9 avril, une offensive générale ennemie, d'une violence extraordinaire, se déclenche sur un front de 25 kilomètres. Tandis que la bataille se développe sur la rive gauche, l'Allemand entame une prodigieuse préparation sur les lignes de la rive droite, le village de Bras et la cote de Froideterre, derrière laquelle est massée l'artillerie française. L'attaque, particulièrement violente à notre gauche, se répercute sur nous et les fantassins ennemis tentent de rejeter le 1er bataillon dans le ravin de Bras. Les sections des tranchées de tir sont à leurs postes sous un marmitage terrible. Les Allemands, arrêtés net, rebroussent chemin sous nos feux de mitrailleuses et de mousqueterie. Nous avons 18 tués et 42 blessés.


L'effort de l'ennemi, à la fin d'avril et dans la première quinzaine de mai, se porte principalement sur la rive gauche. Mais les bombardements continuent sur notre secteur. C'est la rare accalmie. Les travaux et le ravitaillement sont extrêmement pénibles. Les relèves sont mouvementées (chaque bataillon, à son tour, va passer quelques journées de repos dans Verdun, à la caserne Jeanne-d'arc ou à la citadelle). Certains jours, le duel d'artillerie est d'une intensité stupéfiante, notamment du 10 au 14 mai. Jusqu'au 26 mai, le régiment perd, par ces seuls bombardements, une soixantaine de tués et 150 blessés.


Dans la nuit du 25 au 26 mai, le 3e bataillon (Maury) est alerté et chargé de contre-attaquer à l'est de la cote du Poivre, devant le bois de Nawé, où les Allemands se sont infiltrés après avoir repris Douaumont et pénétré profondément dans les lignes françaises.


Au petit jour, la 10e compagnie, à gauche, s'empare par surprise d'une partie de la première ligne ennemie ; la 9e et la 11e, arrêtées net par les mitrailleuses, s'installent dans un fossé à 20 mètres de l'ennemi. Tout le bataillon, appuyé par la 1re compagnie de mitrailleuses, reste cramponné au terrain avec une ténacité merveilleuse. Quand il est relevé, au bout de quarante-huit heures, il a perdu 7 officiers et 132 hommes. Mais la progression inquiétante de l'ennemi a été arrêtée (1).


Le reste du régiment, revenu en ligne le 31 mai, continue à montrer de l'endurance et de la bravoure sous les bombardements. Le 23 juin, quelques heures avant de partir pour la région de Saint-Dizier, où le 12e corps est mis au repos, l'état-major du régiment, les 1er et 2e bataillons sont alertés à la citadelle de Verdun et mis en route vers la cote de Froideterre. L'ennemi, dans une nouvelle et formidable poussée, a réussi à s'emparer de l'ouvrage et de la ferme de Thiaumont. Les 24 et 25 juin, nos bataillons mènent deux brillantes attaques qui font gagner à la ligne française 400 à 500 mètres en profondeur. Ils ramènent une vingtaine de prisonniers et délivrent des blessés français demeurés aux mains des Allemands dans les précédents combats. On est arrivé en contact immédiat avec l'abri 119 et le petit bois Carré. Le feu des mitrailleuses ennemies est très nourri. Les Allemands sont supérieurement approvisionnés en grenades.


Les 26, 27 et 28 juin, la lutte continue, tout à fait pénible, sous les rafales incessantes de l'artillerie ennemie. A plusieurs reprises, de gros renforts allemands sont pris sous le feu de nos mitrailleuses. En fin de compte, l'ennemi subit des pertes très élevées et renonce à pousser son attaque. Les hommes s'organisent sur les positions conquises dans les trous d'obus et y tiennent magnifiquement pendant six jours et six nuits, bravant le marmitage, la faim, la soif et l'extrême fatigue. Ce beau fait d'arme, qui a coûté aux éléments engagés la perte de 11 officiers, 5 chefs de section et 271 hommes, a valu aux 1er et 2e bataillons les félicitations du général commandant le 12e corps d'armée.


Le 30 juin, le régiment est relevé, transporté dans la zone de reconstitution du corps d'armée et bientôt embarqué vers le Tardenois.


(1) Se sont fait particulièrement remarquer : les capitaines Petit-Gérard et Texier, le soldat Mathivau.


VI.

LES SECTEURS TRANQUILLES DU SOISSONNAIS

(Juillet - Septembre 1916)


Du 8 au 21 juillet, le régiment occupe, avec un bataillon, une partie du secteur de Soissons. La ligne enveloppe le faubourg Saint-Christophe sur la rive gauche de l'Aisne, avec des postes de guetteurs poussés dans les prairies jusqu'au bord de l'eau. La ville et le secteur jouissent d'une longue accalmie. Les abris sont confortables ; la sécurité est presque complète. Ce secteur de tout repos est particulièrement apprécié par les hommes après la tourmente de Verdun. Rien à signaler qu'une embuscade manquée pour surprendre une sentinelle allemande de l'autre côté de l'Aisne.


Bientôt transporté au nord de Fismes, le régiment s'établit face au Chemin-des-Dames, sur la bordure du plateau de Craonne. Du 24 juillet au 21 septembre, il y tient les lignes devant Troyon et Vendresse. Pendant ces deux mois d'un été magnifique, il y goûte les petites douceurs bien méritées d'un secteur " fignolé ". les tranchées sont solides et profondes. On vit à l'aise et on dort tranquille dans les grottes creusées sous la falaise dont les pentes verdoyantes offrent, le jour, un asile impénétrable aux vues de l'ennemi.


Pas d'attaques sérieuses. On jouit d'un calme relatif. Cependant, à certains jours, les deux adversaires cherchent à se faire du mal au moyen de l'artillerie de tranchée et tentent des coups de mains l'un sur l'autre. Le crapouillotage est parfois intense.


Le 3 août, vers 7 heures du soir, après l'explosion d'une mine dans le quartier est et des rafales nourries de torpilles, les Allemands tentent un coup de main sur la 9e compagnie. Arrêtés par nos tirs de barrage, ils recommencent deux heures après et réussissent à pénétrer dans nos tranchées. Après un violent corps à corps, l'ennemi est rejeté, laissant les cadavres sur le terrain et un prisonnier entre nos mains (1).


Suit une période de calme, avec bombardements modérés et inoffensifs, coupés par quelques accès de nervosité de l'ennemi. Les 15 et 21 août, l'ennemi semble procéder à des coups de main par de violentes préparations aussitôt contrebattues énergiquement par notre artillerie.


Le 21 septembre, la 23e division est relevée. Le régiment va passer un mois au camp de Poilly, près de Ville-en-Tardenois, où l'instruction de la troupe est reprise. Le 20 octobre, il se met en marche vers l'ouest par la vallée de la Marne. Il rejoint par voie de terre, en quatre jours (c'est la marche des 100 kilomètres), la zone de la IIIe armée (région de Crépy-en-Valois). Après une semaine de repos à Nanteuil-le-Haudouin, le 3 novembre, la division, passant à la VIe armée, s'embarque en chemin de fer pour la région de la Somme.


Le 30 novembre, le 63e est installé dans le secteur de Biaches.


(1) Les soldats Villemont et Merle ont fait l'admiration de tous par leur courage et leur sang-froid. Nous avons eu 5 tués et 12 blessés.


VII.

UN HIVER DANS LA SOMME - LE SECTEUR MARMITE DE BIACHES L'INTERMEDE DE PROSNE

(Novembre 1916 - Février 1917)


Le secteur qui s'étend devant Péronne sur des croupes limoneuses, embrassant la moitié du village de Biaches, en terrain entièrement conquis sur l'ennemi, est encore organisé d'une manière fort incomplète.


Le régiment (avec trois périodes de repos d'une huitaine de jours) se met à l'œuvre et accomplit, en moins de deux mois, un labeur énorme. Il achève deux lignes continues de tranchées à peine amorcées. Il creuse une tranchée de soutien et cinq boyaux de communication.


Le travail accompli dans des conditions particulièrement difficiles, l'ennemi, vigilant et inquiet, nous domine et marmite toute parcelle de terrain remuée. Des patrouilles guettent constamment nos travailleurs (1). Les hommes piochent la nuit et souvent à 30 mètres de l'ennemi. Dans la nuit du 2 au 3 décembre, un tir rapide et violent s'abat sur deux sections de la 10e compagnie en train de creuser la tranchée de tir. On compte 5 tués et 32 bléssés.


Peu de journées se passent dans le calme en ce secteur d'usure. Les deux artilleries sont toujours plus ou moins actives ; les tirs de destruction ou d'interdiction très fréquents. Aussi les accidents sont-ils quotidiens. Sur vingt-quatre jours pleins de séjours aux tranchées devant Biaches, le régiment perd 23 tués et 32 blessés.


Le mauvais temps n'amène point de trêve ici comme dans l'Artois. Le dégel et la pluie transforment le sol en une bouillie brune. Les corvées et les relèves sont excessivement pénibles.


Du 13 au 21 janvier, le régiment occupe le sous-secteur de La Maisonnette, immédiatement au sud de Biaches, avec deux bataillons en ligne. Les conditions de la défensive sont les mêmes. Le ciel reste aussi hostile.


Le 21 janvier, les trois bataillons sont relevés. Quelques jours après, par une température sibérienne, la division est embarquée pour la Champagne, où elle rejoint la IVe armée.


Le 1er février, le régiment, dans ses cantonnements de Somme-Vesle, est alerté , enlevé brusquement en camions vers Mourmelon. Il en repart aussitôt, mis à la disposition d'une disposition voisine pour relever un régiment territorial qui vient d'être fortement éprouvé par une nappe de gaz.


Deux bataillons tiennent, durant une quinzaine, le secteur de Prosne, en avant de la voie Romaine, en face du mont. Pendant toute la période, le secteur reste extraordinairement paisible. Rien à signaler.


(1) Le 8 décembre, l'adjudant Desbordes disperse une de ces patrouilles et fait un prisonnier.


VIII.

DANS LES FORÊTS ALSACIENNES

(Mars - Avril 1917)


A la fin de février, le régiment est désigné pour former, avec le 100e et le 500e, la 134e division (général Baratier). Il quitte le 12e corps et se dirige vers l'est. Après une bonne semaine de repos aux environs de Montbéliard, il est emmené en Alsace. Il ne fait que passer dans le secteur d'Eglingen et s'installe pour un mois dans les forêts communales.


Le 20 mars, les Allemands, après un bombardement par mines, tentent un gros coups de main sur la droite de nos positions d'Eglingen, tenues par la 1re compagnie, et sur le régiment voisin, à l'endroit où elles longent le canal du Rhône et du Rhin. Le coup de main est repoussé. Nos hommes se mettent à chasser des groupes d'Allemands cherchant à rentrer chez eux par les écluses. Ils ramènent des prisonniers.


Le secteur des forêts communales comprend une position d'un vaste massif boisé s'abaissant vers la vallée de l'Ole.. qu'occupe l'ennemi, face à l'Illberg, qui barre la route d'Altkirch.


Les lignes ennemies sont à 600 et 800 mètres des nôtres. Le secteur est généralement tranquille. Des rafales intermittentes de mines et d'obus de 105, des réglages d'artillerie n'empêchent pas nos hommes de continuer l'organisation méthodique de la forêt.


Les Allemands tentent plusieurs fois des reconnaissances accompagnées d'attaques à la grenade. Ils sont chaque fois mis en fuite par nos fusiliers et nos grenadiers. De notre côté, l'on fait bonne garde et l'on patrouille toute la nuit.


Dès le 14 avril, notre artillerie se réveille. Le 34e corps d'armée simule, sur tout son front, une préparation pour retenir des troupes ennemies en Alsace et faciliter des opérations de Champagne et du Chemin-des-Dames. Le commandement profite de ces tirs intenses de destruction et de harcèlement pour organiser un coup de main dans le secteur de Largitzen, au sud des forêts communales. Il s'agit de pénétrer dans les lignes allemandes, au saillant de l'Entre-Largues, de reconnaître leur organisation et leur occupation et de ramener des prisonniers.


Le 16 à 3 heures du matin, cinquante volontaires des 1re et 3e compagnies, sous l'ordre du lieutenant Reynier, pénètrent hardiment, par une nuit noire, dans les tranchées allemandes, engagent avec les occupants un combat à la grenade, capturent 3 hommes, malgré une énergique résistance, et détruisent à la cheddite un poste de commandement (1).


Le régiment, relevé le 18 avril, séjourne un grand mois près de l'ancienne frontière, à Montreux-Château. Tandis qu'un bataillon est à l'instruction, les deux autres sont employés à des travaux sur les routes de la trouée de Belfort. A la fin de mai, on se rend, par voie de terre, au camp d'Archès, dans les Vosges, où l'on se remet à l'instruction jusqu'au 12 juin. C'est pendant cette période que le colonel Paulmier, appelé au commandement d'une brigade, quitte son régiment, emportant des regrets unanimes. Il est remplacé par le lieutenant colonel Besset, qui vient de l'état-major du général Debeney.


(1) Se sont distingués dans cet exploit : le sous-lieutenant Bodin, les sergents Chaminade et Duquerroy, cités au corps d'armée ; le sous-lieutenant Faubert, cité à l'ordre de l'armée ; l'aspirant Arnaud, qui reçoit la médaille militaire. Le lieutenant Reynier, qui s'est distingué en Artois, à Verdun et sur la Somme, et qui a parfaitement organisé le coup de main, cinq fois cité à l'ordre, est décoré de la Légion d'honneur.


IX.

DANS LES MONTS

(Juin - Septembre 1917)


Le 15 juin, la division, rattachée à la IVe armée (Gouraud), est transportée en Champagne, où elle va mener, sans quitter la région, la vie de tranchées presque continue pendant plus d'une année. Le régiment, du 15 juin au 22 septembre, monte la garde devant les monts, à l'extrémité orientale, à l'endroit où ils s'abaissent vers la petite plaine et coule la Suippe (le golfe).


Dans une première période, jusqu'au 4 juillet, nous tenons le sous-secteurGolfe, terrain crayeux, avec de rares bois fantômes conquis sur l'ennemi pendant l'offensive du 17 avril. On y travaille ferme, ce terrain étant incomplètement organisé. Rien à signaler d'important. L'ennemi, manifestant assez souvent de l'inquiétude, arrose parfois le secteur avec son artillerie lourde ; mais aucun accident grave ne se produit.


Le 4 juillet, alternant avec le 300e, nous prenons, à gauche, le sous-secteur des monts, qui englobe le mont Sans-Nom et s'accroche à l'ouest aux pentes du Téton. Dans cette région des crêtes, qu'il n'a pas abandonné de gaîté de cœur, l'ennemi se montre agressif. Le 7 juillet, pendant la nuit, ses stosstruppen tentent un coup de main par surprise sur la tranchée des Gascons, occupée par la 1re compagnie. L'ennemi est vigoureusement repoussé avec des pertes sensibles.


Le haut commandement conçoit bientôt un plan d'élargissement de nos positions sur deux points, au Mont-Haut et au Téton. Il s'agit de devancer l'ennemi, de se donner de l'air en occupant les parties des crêtes encore internationales. La 72e division, à notre gauche, est chargée d'attaquer les tranchées du Téton et de l'Omoplate. Le 1er bataillon du 63e (de Roffignac) a pour mission de prolonger cette attaque, de s'emparer de la tranchée de l'Epaule, de l'organiser et de la relier à la tranchée des Gascons.


Le 10 juillet, notre artillerie lourde commence ses tirs de destruction et est aussitôt contrebattue par l'ennemi. Dans la soirée du 14, à 7 h.45, le régiment de gauche attaque et s'empare des positions assignées sur le sommet et le flanc du Téton. La section du sous- Lieutenant Faubert, chargée d'assurer la liaison entre les fractions tenant les tranchées conquises et le 1er bataillon, s'incruste sur le terrain bouleversé, tandis que les sapeurs du génie amorcent un boyau. Mais l'ennemi ne tarde pas à réagir avec une extrême vigueur. Toute la nuit et la journée suivante, le secteur est violemment marmité, et les contre-attaques allemandes se succèdent avec acharnement sur nos voisins. Le 16, le colonel Basset est chargé de reprendre le projet d'attaque sur l'Epaule. Il organise, en même temps, la défense du mont Sans-Nom par le 3e bataillon, en prévision d'une grosse attaque. La 11e compagnie se prépare deux fois à attaquer dans la nuit du 16 au 17 ; mais, en raison des contre-attaques qui ont fait perdre à la division voisine certains éléments conquis, elle n'a pas à intervenir. Le lendemain, les opérations du Téton s'étant stabilisées, le régiment va goûter à quelques jours de repos à Mourmelon. Malgré l'intensité des bombardements, nous n'avons perdu que cinq tués et une vingtaine de blessés (1).


Le 27, le régiment revient du Golfe. Activité moyenne des artilleries, rafales accoutumées. Les Allemands tentent plusieurs fois, avec une rare habileté, d'enlever par surprise des petits postes. Une de leurs opérations réussit et nous coûte deux prisonniers. Le régiment monte, à son tour, sans préparation d'artillerie, deux coups de main, qui, malgré la bravoure des nôtres, sont éventés.


Le 21 août, le régiment prend la garde au mont Sans-Nom. Le 20, après crapouillotage, les Allemands tentent deux coups de mains sur le saillant des Gascons : le groupe de droite est écarté par nos feux, le groupe de gauche est chargé à la baïonnette et mis en fuite par le soldat Morinet, qui dégage deux de ses camarades et est atteint de trois blessures au cours de l'action. Cet exploit vaut à ce brave petit soldat de la classe 1916 une récompense insigne, la croix de la Légion d'honneur.


La période des coups de mains est ouverte : les 3, 4 et 5 septembre, les Allemands essaient d'enlever des petits postes et sont repoussés. Le 6, détachement d'élite de la division, avec le sous-lieutenant Taguet et les grenadiers d'élite du 2e bataillon, après une courte préparation par nos 75, se glissent sur le terrain jusqu'au saillant ennemi de la Clavicule ; mais ils la trouve garnie de défenseurs qui font barrage avec des grenades et des mitrailleuses. Le détachement rentre ramenant un tué et sept blessés. Deux jours après, les Allemands s'attaquent encore au saillants des Gascons ; ils sont dispersés par nos feux.


Le 22 septembre, le régiment abandonne les monts et va prendre, sur les bords de la Marne, un repos de trois semaines rempli d'exercices modérés, de distractions et de fêtes sportives.


(1) Se sont distingués : l'aspirant Arnaud, le sergent Pignoux, le caporal Sicard. Le sous-lieutenant Faubert a reçu la Légion d'honneur.

X.

LE SECTEUR NORD DE REIMS - DES CAVALIERS-DE-COURCY A BETHENY

(Octobre 1917 - Février 1918)


Le secteur nord de Reims s'étend en avant du village miné de la Neuvillette, dans la plaine traversée par le canal de l'Aisne à la Marne, et dominée légèrement par les Cavaliers-de-courcy, face, au fort de Brimont, qui appartient à l'ennemi. Le régiment y séjourne du 16 octobre jusqu'à la fin de janvier 1918, y fait bonne garde et exécute des travaux sans être trop malmené. La plupart des journées sont marquées par une activité faible ou moyenne des artilleries.


A droite, le saillant de Neufchâtel, très rapproché de l'ennemi, est, de sa part, l'objet d'attaques incessantes. Le matin même de son installation, la 6e compagnie subit, à 5 heures, un gros tir d'encagement par mines et obus de 105. Ses feux, immédiatement déclenchés, empêchent les Allemands de sortir. Le lendemain 17, à la même heure, même tir. Mais les Allemands ne peuvent bouger. Le 25, à 5 heure, le bombardement recommence ; les sapeurs ennemis font éclater des charges allongées dans les réseaux. Encore une fois, les tirs de la 6e donnent avec un ensemble parfait, et les groupes allemands ne peuvent pas aborder nos lignes. La 6e est citée à l'ordre de la division (1).


Après douze jours de demi-repos et de travaux à Saint-Brice et Tinqueux, le régiment remonte en ligne, appuyant sur la droite, au sous-secteur BéthenyAviation. Les lignes françaises et allemandes sont éloignées de 1.200 mètres. Seul le village démoli de Bétheny forme un saillant très prononcé enveloppé de trois côtés par nos tranchées.


La période de Bétheny a sensiblement la même physionomie que la période de Courcy. Au saillant de Bétheny, le point de friction, les Allemands tentent, avec une rare persévérance, des coups de mains qui échouent.


C'est encore la 6e compagnie qui est à la peine et à l'honneur.


Le 14 novembre, vers 9 heures du soir, des groupes ennemis pénètrent dans notre réseau, se glissent jusqu'à un abris inoccupé et sont repoussés à coup de grenades. Quatre jours après, l'ennemi, après avoir fait une brèche dans le réseau, revient à la charge. Il est pareillement repoussé. Le 21, après de nombreux réglages par crapouillots, il attaque, vers 10 heures du soir, à la faveur d'un encagement par mines. Nos grenadiers, fusiliers et mitrailleurs les empêchent d'approcher. Le lendemain, vers 8 heures du soir, après l'explosion de trois charges allongées et un tir d'encagement très serré, les Allemands abordent nos tranchées. La lutte s'engage dans les boyaux à coups de grenades et de revolvers. Le chef du détachement est blessé. L'ennemi est rejeté, laissant du matériel. Un tir d'obus spéciaux, dirigé sur les positions allemandes, empêche nos patrouilleurs d'atteindre les fuyards. La 6e compagnie mérite d'être citée à l'ordre de l'armée (2).


Dans la matinée du 21, un taube, qui survolait le village de Bétheny, est abattu par nos mitrailleurs.


Le calme est rétabli en secteur pour une huitaine de jours. Au début de décembre, l'artillerie ennemie redevient plus active. Le 11 décembre, le régiment organise un coup de main sur le saillant du Sémaphore. Un détachement de la 9e compagnie, conduit par le lieutenant Delaval, les sous-lieutenants Lecaroux et Vergoz, se porte en avant et se jette malheureusement sous notre propre barrage. Le sous-lieutenant Lecaroux, un sergent et quatre hommes sont tués, cinq autres blessés. L'expédition est manquée, mais le colonel rend hommage au courage malheureux, en citant à l'ordre du régiment la 4e section de la 9e compagnie, qui a par ailleurs précédemment tendu de nombreuses embuscades (3).


Le 14, le régiment, relevé, va passer une douzaine de jours dans les cantonnements de repos. Aux fêtes de Noël, à Saint-Brice, a lieu le représentation de la Revue du Six-Trois, revue héroï-comique en trois actes, écrite par la sous-lieutenant Nouillac, porte-drapeau, et jouée par les artistes du régiment, avec le concours musical du chef de musique Coulanges.


Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1918, le régiment reprend les tranchées au sous-secteur nord. Un fort coup de main est préparésur le fortin allemand, au pied de Brimont.


L'après-midi du 12 janvier, à 4h40, un détachement de la 1re compagnie, conduit par le sous-lieutenant Niort, s'élance à l'assaut, après une courte préparation par engins de tranchée. Pendant le tir d'engagement, les fils de fer sont cisaillé, et, par la brèche, les audacieux volontaires font irruption jusqu'à un grand abri, où il capturent douze hommes, après avoir pris le petit poste de garde. Pendant cette action souterraine, le sous-lieutenant Niort est blessé d'une grenade à la tête : un rapide corps à corps a lieu. Nos hommes nettoient la galerie à coups de grenades et ramènent vivement leurs prisonniers. Nous avons eu 2 tués et 25 blessés. Mais l'opération a été parfaitement exécutée et réussie. La 1re compagnie est citée à l'ordre de l'armée (4). Rien à noter pour le reste du mois. A la fin de janvier, le régiment est relevé avec la division : dix jours de repos au bord de la Marne. Dix jours de travaux dans la montagne de Reims. Du 16 au 18 février, le régiment reprend le chemin de Reims et s'installe dans le sous-secteur sud.


(1) Sous les ordres énergiques du capitaine Salmon, du lieutenant Lisiak et du sergent Massias, a, en moins de dix jours, repoussé trois coups de main, dont l'un le matin même du jour où la compagnie venait d'entrer en secteur. Grâce au calme, au courage de tous et aux habiles dispositions du chef, l'ennemi n'a jamais pu atteindre notre tranchée de première ligne, malgré la puissance des moyens mis en œuvre.


(2) Précédemment citée à la D.I. pour la belle attitude qui a fait échouer trois coups de mains allemands, la 6e compagnie, sous le commandement calme et énergique du lieutenant Lisiack, a repoussé, deux jours de suite, en infligeant des pertes à l'ennemi et en lui capturant du matériel, deux attaques dont la seconde a été caractérisée par la violence de sa préparation, la force des effectifs engagés et l'importance des moyens employés. Signalons aussi les sergents Mounier et Pierron, les grenadiers Cardon et Moulin, déjà cités à l'armée


(3) sous les ordres du sous-lieutenant Lecaroux, de l'adjudant Narbonne, des sergents Thomas et Faure, a tendu de nombreuses embuscades et exécuté de périlleuses reconnaissances pour préparer un coup de main dans l'exécution duquel elle a fait preuve de beaucoup de courage, d'énergie et de ténacité.


(4) Compagnie à l'image de son chef, le capitaine Reynier, audace, bravoure, amour du danger. Ne demande qu'à être chargée des missions dangereuses ; les a toujours remplis avec succès, notamment le 12 janvier 1918, où elle a enlevé douze prisonniers au cours d'un gros coups de mains délicat et d'exécution particulièrement difficile sur un poste avancé ennemi fortement occupé et dont la garnison avait été alertée. Ont été cités à l'ordre de l'armée : le sous-lieutenant Niort (proposé pour la Légion d'honneur), le caporal Filsac, les soldats Laplanche, Magaud, Mayet, Joffre, Delage. Ont été cités au C.A. : les sergents Richebœuf et Vergnaud, le caporal Blanchard, les soldats Duvert, Courty, Bournicaud, Cormenier, Gigounoux, Restouin.


XI.

LA DEFENSE DE REIMS

(Février - Septembre 1918)


Le sous-secteur sud ou sous-secteur de Cerny s'étend des abords de la route de Reims à Cernay, jusqu'à la hauteur du pont de la Housse, en avant de la voie ferrée de Reims à Châlon. Il est dominé par la butte Pommery, réduit de la défense de Reims, où loge le colonel avec la C.H.R et un bataillon en réserve, dans les caves profondes. Le régiment défend, face à Berru, la périphérie est de Reims, sur un front qui dépasse 3 kilomètres, quand le secteur réorganisé est prolongé au nord jusqu'au delà de la route de Reims à Vitry. Le régiment se met tout de suite à l'œuvre pour renforcer cette organisation défensive, déjà puissante.


Le secteur est souvent orageux. Il est particulièrement exposé au gaz. Les Allemands s'acharnent sur Reims et ses abords, fouillent les batteries, essayent de détruire les issues des caves, tirent sur les concentrations de troupe ; bientôt, dans une rage de destruction, ils incendieront la ville, quartier par quartier.


.Dans la nuit du 1er mars, les Allemands bombardent la butte Pommery et les alentours par obus spéciaux. C'est le plus fort arrosage à l'ypérite que l'on ait connu. Il dure trois heures et recommence vers 3 heures de l'après-midi. Les Allemands attaquent à notre droite et à notre gauche, et son rejetés par nos voisins dans leurs lignes. Grâce aux précautions prises et à la désinfection du terrain, nos pertes sont faibles.


Quelques jours après, notre artillerie lourde démolit des emplacements présumés de projecteurs à gaz. Les alertes sont fréquentes. Dans la nuit du 19 au 20 mars, des milliers d'obus à l'arsine s'abattent sur le secteur.


Le 29 mars, commence pour nos troupes en ligne une longue période d'alerte et d'agitation. A 9 heures du soir, bombardement des tranchées de Sedan et de Mézières et coup de main ennemi repoussé par la 7e compagnie.


Le même soir, arrive notre nouveau chef, le lieutenant-colonel Naugès, qui remplace le lieutenant-colonel Besset.


Dans la nuit du 3 au 4 avril, le bombardement se déclenche à nouveau sur le front de la 7e compagnie. Malgré la puissance des moyens mis en œuvre, l'ennemi ne peut atteindre notre ligne de surveillance.


La 7e compagnie est citée à l'ordre du régiment (1).


Les allemands n'ayant pas réussi leur coup de main, tentent des enlèvements silencieux de petit poste. Deux fois en dix jours, une fois au début du mois suivant, ils se glissent jusqu'à la ligne des guetteurs, qui ouvrent le feu avec un parfait sang-froid, se repliant suivant les ordres et alertant leur compagnie (2).


Les coups de mains recommencent à la fin d'avril, précédés de nombreux bombardements violents et prolongés par explosif et par obus spéciaux, principalement sur les tranchées défendues par la 3e compagnie. L'ennemi est chaque fois repoussé sans parvenir à faire un seul prisonnier. C'est pendant cette période agitée d'avril que l'incendie a fait rage dans la ville martyrisée.


Le mois de mai est assez calme. Rien à signaler qu'une hardie exploration tentée dans les lignes ennemies par un détachement de la 5e compagnie, que conduisent le lieutenant Taguet, le sous-lieutenant Dubois et l'aspirant Clapaud.


Dans la nuit du 26 au 27 mai, la grande attaque allemande se déclenche de Soissons jusqu'à Brimont inclus. La lutte est ardente à l'ouest de Reims. L'ennemi prend pied sur le mont Saint-Thierry et attaque en masse sur la Veste. Les deux régiments de gauche ayant pris leur dispositif de couverture, et Bétheny étant occupé par les Allemands, les 1er et 3e bataillons, dans l'après midi du 29, s'établissent sur une ligne à 500 mètres en arrière des parallèles de surveillance et de résistance de la première position. Cependant, le 2e bataillon (capitaine Dégremont), mis à la disposition du 22e colonial, s'engage dans la plaine à l'ouest de Reims, où se creuse une poche inquiétante. Il s'installe, le 29, face à Champigny, sur le mont Saint-Pierre, sillonné de quelques tranchées rudimentaires.


Le lendemain, Champigny étant pris, il se trouve en première ligne. Dans la matinée, très suffisamment soutenu par l'artillerie, il résiste à trois assauts menés par des troupes munies d'engins d'accompagnement et rompues aux méthodes d'infiltration. Le promontoire du mont Saint-Pierre étant battu de trois côtés, cependant que l'ennemi s'infiltre au centre, nos compagnies se dégagent, essaient encore de reprendre trois fois le sommet du mont, et ne se replient sur une nouvelle ligne que par ordre, la mission du bataillon étant considérée comme achevée. Cette résistance nous a coûté une quinzaine de tués, une quarantaine de blessés, une quarantaine de disparus (3).


Cependant, le régiment accueille avec enthousiasme l'ordre de tenir Reims coûte que coûte. Le grand effort que l'ennemi a tenté contre la ville en attaquant à l'est et à l'ouest, a échoué. En première ligne, les compagnies, les sections rivalisent d'ardeur pour rendre la vie intenable à l'ennemi dans notre ancienne première ligne. Une période pittoresque de petits coups de main, de patrouilles mordantes et d'embuscades commence. C'est la " chasse aux Boches " organisée en plein jour.


En voici les principaux incidents :


1er juin.- Coup de main du sergent Grandmourcel (11e compagnie) et capture de deux Allemands ; coup de main de l'adjudant Chaminade (1re compagnie) et capture de deux autres Allemands.


3 juin. - Reconnaissance du centre de la manutention par le sous-lieutenant Arnaud.


5 juin. - Un détachement de la 9e compagnie, conduit par le sous-lieutenant Desmazeaud, soutient un combat acharné avec les occupants du centre du Buisson, qui nous coûte quelques pertes et mérite une citation de la 2e section de la 9e compagnie à la division (4).


12 juin. - Deux autres reconnaissances hardies sont pratiquées par le lieutenant Martin et le sous-lieutenant Moillard (1re cmpagnie)


le 18 juin, à 6 heures du soir, un feu d'enfer se déchaîne instantanément sur toute l'étendue de la ligne. L'ennemi frappe de Vrigny à Pompelle et veut enlever Reims. Il tente même de crever les voûtes des caves à champagne avec les obus de 305.


Mais nos barrages se déclenchent et jouent avec une précision terrible. A 6h50, le tir ennemi s'allonge. A 9 heures, les Allemands passent à l'attaque, en suivant les anciens boyaux, et sont reçus par les feux bien réglés des engins de tranchée, des mitrailleuses, des V.-B., des F.M. et des volées nourries de grenades. Ils battent en retraite. A 10 heures, tout est rentré dans l'ordre. Nos pertes sont faibles : 7 tués et 34 blessés. Mais, le lendemain, on a à déplorer la mise hors de combat d'une section de la 11e compagnie par l'ypérite (5).


Les Allemands, qui ont lancé trois attaques sur le front de l'armée, ont subi un sanglant échec. La défense de Reims est en plein succès pour la 134e division et pour notre régiment.


Dans la période d'accalmie qui succède, rien de notable à signaler, qu'un coup de main exécuté par le détachement du sous-lieutenant Robert (3e compagnie).


Le 14 juillet, le régiment a la joie d'apprendre qu'il est cité à l'ordre du jour de la Ve armée :


Régiment tenace et résolu, en secteur depuis quatre mois et demi, sans trêve ni repos, aux lisières d'une ville continuellement bombardée et incendiée. Déployé depuis un mois sur un front très étendu, a mené, sous les ordres du lieutenant-colonel Naugés, une splendide défense contre un ennemi nombreux, résolu à passer et appuyer par une préparation massive d'artillerie de gros calibre. A non seulement maintenu l'intégralité de son front, mais a même nettoyé à la baïonnette tous les points rapprochés où l'ennemi avait pu s'infiltrer. (Exécution de la décision du général commandant en chef n° 15887 en date du 13 juillet 1918)


Le Général commandant de la Ve armée, signé Berthelot


Le lendemain se déclenche et échoue la grande attaque tendant à faire tomber le saillant de Reims. Rien à signaler dans notre secteur même. Le régiment continue à montrer son esprit offensif. Beaucoup de braves partent individuellement en chasse. Très nombreuses sont les reconnaissances et les patrouilles. On prend du terrain. A notre gauche, la section Robert (3e compagnie), requiert le noyau du C.B.R., le 3 août tandis que la 6e compagnie, mise à disposition du 100e, appuie vigoureusement au cimetière de La Neuvillette et à la tranchée de Chauny (6).


L'ennemi, nerveux et inquiet, redoutant une attaque, multiplie les tirs pendant tout le mois d'août. Il tente plusieurs fois d'enlever le C.B.R., soit à la grenade, soit au moyen d'un projector à gaz d'un effet terrifiant. Les tranchées à droite du C.B.R. sont défendues vaillamment par la 11e compagnie (18 août) (section du sous-lieutenant Tabaton)


La 2e compagnie a été citée à l'ordre avec le motif suivant :


Compagnie d'élite. Sous les ordres de son chef, le capitaine Valteau, a, en maintes circonstances, donné les preuves de son endurance et de son entrain. Après avoir tenu pendant une longue période un secteur menacé, a repris successivement à l'ennemi, du 2 au 8 août 1918, une ligne de postes avancés fortement défendus, réalisant ainsi une avance sérieuse de nos premières lignes et facilitant les opérations d'un régiment voisin.


La 11e compagnie a été citée à l'ordre de la brigade avec le motif suivant :


Belle compagnie, pleine d'entrain, animée du meilleur esprit militaire. A donné de nombreuses preuves d'une ténacité et d'un allant remarquables. Le 17 août, par une contre-attaque rapidement organisée par le capitaine Reculet, a chassé, après de durs combats à la grenade, un ennemi supérieur en nombre et particulièrement mordant de trois postes avancés qui venaient d'être écrasés sous un violent bombardement d'obus de gros calibre.


(1) Sous l'énergique commandement du lieutenant Liard, a dans les nuits du 30 au 31 mars et du 3 au 4 avril, repoussé deux coups de main. Grâce à la courageuse attitude de tous et aux judicieuses dispositions du chef, l'ennemi, laissant des morts entre nos mains, n'a jamais pu atteindre notre ligne de surveillance malgré la puissance des moyens mis en œuvre.


(2) Les soldats Mabroussy et David, Robitaillie, Vassut et Landry (qui reçoit la médaille militaire) se distinguent particulièrement dans ce corps à corps.


(3) Se sont particulièrement distingués : les capitaines Degremont, Dutournier, tué durant une contre-attaque ; les lieutenants Lisiack et Debregeas ; les sous-lieutenants Plicque et Lajouanie, le sergent Jaubinet.


(4) Sous le commandement du sous-lieutenant Desmazeaud, chargée de reprendre un point fortement organisé et tenu par l'ennemi, a soutenu, pendant deux heures durant, un combat incessant, ne s'en laissant imposer ni par le nombre, ni par les pertes, faisant preuve d'une ténacité indomptable ; a vengé la mort de son officer en faisant subir à l'ennemi des pertes sévères et ne s'est retiré que par ordre. Le lieutenant Desmazeaud a été tué.


(5) La section malheureuse a été citée à l'ordre du régiment.


(6) unité qui, en toutes circonstances, a manifesté les plus belle qualités d'endurance et d'esprit offensif. Déjà citée à l'ordre de la division en novembre 1917 et de l'armée en janvier 1918. Appelée dans un secteur difficile, vient, sous le commandement du lieutenant Debregeas, de faire l'admiration de tous par son entrain et son mordant ; chargée du ravitaillement en munitions, a coopéré, spontanément et sans ordres, à la prise d'une position ennemie fortement organisée, et, malgré la violence du bombardement des contre-attaques et des pertes subies, s'y est maintenue opiniâtrement. Se sont distingués : le sous-lieutenant Pagrière, les aspirants Meyblum et Vernon, le sergent Mounier.


XII.

A LA POURSUITE DE L'ENNEMI - LES COMBATS DE VOUZIERS LES CONQUÊTES D'UNE TÊTE DE PONT

(Octobre 1918)


Le régiment, relevé définitivement de Reims, le 25 août, va cantonner pendant deux semaines à Cramant, au sud d'Epernay. Dès le 9 septembre, il entame une série de marche d'apparence compliquée et capricieuse au sud de la Marne. La division, en réserve d'armée, est prête à se porter au nord, suivant les fluctuations de la grande bataille engagée contre les Allemands, qui se replient peu à peu vers leurs positions de l'Aisne. Le 26 septembre, le régiment passe la Marne. Le 1er octobre, avant le jour, il part enfin pour la zone de combat, franchit la Vesle à Courlandon, s'arrête en attendant que les Allemands soient délogés de la première série des hauteurs au nord de la rivière. La 134e division étant division d'exploitation, la marche reprend quand l'obstacle est franchi.


Le lendemain, 2 octobre, à 6 heures, le 1er bataillon, ses trois compagnies en profondeur, attaque les arrière-gardes allemandes. Leur résistance est faible. La manœuvre de nos troupes est excellente. Les objectifs assignés sont atteints rapidement. Aux abords de Berry-Bae, à 4 h. 15, le mouvement est suspendu. La division se porte au sud-est, dans la région de Muison, en réserve d'armée (1).


On attend les ordres au camps de Pouilly, puis à Merfy, puis au camp Marchand, aux abords de la route de Souain à Tahure, où l'on a été transporté le 7 octobre, après le dégagement de Reims. Le 14, dans la nuit, la division prend possession du secteur de Vouziers. Les Allemands, qui ont évacué la ville et la rive gauche, occupent des positions très fortes sur les collines boisées dominant la rive droite. Le 2e bataillon s'installe entre la ferme de La Folie et la ferme Bagot, en bordure des prairies longeant l'Aisne, le reste du régiment un peu en arrière. Pendant les trois journées qui suivent, l'ennemi harcèle tout le pays. Le 3e bataillon s'installe à son tour en première ligne, à la gauche du second, , entre Vouziers et la ferme de La Folie. On se prépare à attaquer les hauteurs, à percer la barrière de l'Argonne. Des passerelles sont posées par le génie dans une boucle de l'Aisne, en face de la ferme de La Pardonne, à l'insu de l'ennemi.


Le 18 octobre, à 5 h.15, sous un épais brouillard, la 5e et la 6e compagnie franchissent l'Aisne et les réseaux, s'emparent vivement d'une première ligne de tranchée, puis de La Pardonne, nid de mitrailleuses, avec 46 prisonniers. A 6 heures, le 3e bataillon (capitaine Marcireau), passe à son tour pour continuer le mouvement. Mais il a été fortement éprouvé la nuit précédente par un tir d'ypérite. Au moment où commence la marche vers le deuxième objectif, l'ennemi ouvre un feu d'une violence inouïe qui ramène sur La Pardonne les fractions avancées. Dans l'après-midi, nos hommes repoussent une puissante contre-attaque ; le soir, ils résistent superbement à un second assaut ; ils reculent, mais ne se laissent ni envelopper ni jeter à l'eau. Les pertes sont sévères. Au 3e bataillon, tous les officiers sont mis hors de combat.


Le lendemain, le 1er bataillon (capitaine Mangenot) reçoit pour mission de reconstituer la tête de pont, puis de reprendre contact par patrouilles. Il force l'ennemi à céder le terrain de La Pardonne.


Le 21, on se dispose à reprendre la progression, quand, après un violent bombardement, l'ennemi attaque, indifférent aux pertes. Notre ligne fléchit, et la 2e compagnie est acculée aux oseraies de l'Aisne. Une contre-attaque énergique du capitaine Valteau nous permet de rétablir intégralement notre ligne. Plusieurs fois dans la journée, l'ennemi se masse au-delà de la crête et chaque fois est cloué au sol par nos barrages. Le bataillon se fortifie sur ses positions, aucune avance n'étant possible tant que le village de Falaise, rempli de mitrailleuses qui nous prennent de flanc, n'est pas battu par l'artillerie lourde.


Pendant les quatre jours qui suivent, l'ennemi ne tente aucun effort pour reprendre la tête de pont. Le bataillon veille et patrouille. Pendant ce temps, Vouziers, où réside le colonel, avec la C.H.R., est constamment bombardé par explosifs et obus à gaz. Le régiment, fortement diminué, surtout par les gaz, est relevé dans la nuit du 27 au 28 octobre et va s'installer, avec la division, dans les baraquements épars dans les bois au nord de la Suippe, près de Pontfaverger.


Au cours des dures journées de Vouziers, plus de 800 hommes ont été mis hors de combat, les deux tiers par les gaz (2).


C'est dans les bois de Pontfaverger que le régiment apprit, avec une joie et fierté indicibles, la glorieuse nouvelle de l'armistice consacrant la victoire de la France.


Quelques jours après, le général Gouraud, commandant la IVe armée, citait à l'ordre de l'armée le 63e pour les affaires d'octobre 1918. en conséquence, le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre était conféré à notre régiment.


Voici le texte de notre deuxième citation :


Extrait de l'Ordre général de la IVe armée, n°1459


Le général commandant la IVe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 63e régiment d'infanterie. - Régiment d'élite ; vient, sous le commandement impeccable d'un chef hors de pair, le lieutenant-colonel Nangès, de se couvrir de gloire devant Vouziers, du 18 au 24 octobre 1918, en franchissant l'Aisne de vive force sous le feu de l'ennemi et conquérant de haute lutte une tête de pont sur la " Brunehild-Stellung " ; puis, assailli sans répit par un ennemi acharné à se rejeter à l'Aisne, de beaucoup supérieur en nombre, et disposant d'une artillerie puissante qui l'écrasait jour et nuit de bombardements massifs, le plus souvent par obus toxiques, a brisé toutes les attaques par ses feux ou les a repoussées par ce furieux corps à corps ; et finalement demeuré maître du terrain conquis. A fait subir à l'ennemi, au cours de cette lutte héroïque, des pertes énormes en tués et blessés, lui prenant en outre 64 prisonniers dont 1 officier, 7 mitrailleuses et du matériel.


Signé : Gouraud


Le lendemain, fût porté à la connaissance des hommes un message adressé par le général Petit, commandant la 134e division.


Ces belles paroles serviront d'épilogue à ce bref exposé des faits d'armes de notre régiment : Officiers, Sous-Officiers, Caporaux et Soldats du 63e R.I., c'est avec joie que j'apprends que la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre vous est attribuée.


Jamais récompense ne fut mieux accordée à la froide volonté, à la ténacité indomptable, au stoïcisme d'une troupe superbe d'attitude militaire et animée du souffle patriotique des grands soldats de la première République.


Elle est, au jour même de la victoire de la liberté, le couronnement éclatant de votre admirable dévouement dans toute la guerre.


Sachez bien tous que vos sacrifices à Reims et à Vouziers ont une portée que l'Histoire impartiale vous attribuera glorieusement. Vous avez été les premiers artisans des grandes victoires de Champagne et de la Meuse.


Lorsque vous reviendrez dans votre Limousin, que vous aurez repris le labeur fécond de la forte race qui vit au cœur même de notre France bien-aimée, vous pouvez être contents de vous-mêmes et jouir la tête haute des bienfaits de la paix que vous aurez donnée à l'humanité.


Régiment du Limousin, je salue respectueusement votre glorieux drapeau et je résume ma pensée, mon affection et mon estime profonde dans ce cri jailli de mon cœur : " je suis fier de vous avoir commandés au feu. "


(1) La 1 resection (sergent Jourdy) de la 1re compagnie a été citée à l'ordre du régiment. On a eu à déplorer quelques accidents par heurs d'obus non éclatés.


(2) A la suite des affaires de Vouziers, ont été cités à l'ordre de l'armée : le commandant Degremont, blessé et ypérite ; le capitaine Brandin, tué ; les lieutenants Lajouanie, Gayou, Dbregeas ; les sous-lieutenants Dorat des Monts, de Meynardier (tués), Pouillard, Guelfuci, Gautier, Payrière ; les adjudants Pataud et Conchon ; les sergents Jourdy, Tartary, Dellannaud ; les caporaux Dupré, Gilles, Brisset, Dupuy ; les soldats Batard, Mansiet, Hérond, Minary, Bouilloux.


La médaille militaire a été conférée au soldat Bourgeois (5e compagnie).


Ont été faits chevaliers de la Légion d'honneur : Le capitaine Valteau et le lieutenant Hubert. Ont été citées à l'ordre du régiment les compagnies suivantes qui s'étaient distinguées à Vouziers et ne possédaient aucune décoration à leur fanion : 3e compagnie de mitrailleuses, 3e compagnie, 2e compagnie de mitrailleuses, 5e compagnie, 9e compagnie.




CHEF DE CORPS AYANT COMMANDE LE 63e REGIMENT D'INFANTERIE PENDANT LA CAMPAGNE


Colonel Paulmier, du 2 août 1914 au 27 mai 1917. Passé au commandement d'une brigade.


Lieutenant-colonel Besset, du 28 mai 1917 au 26 mars 1918. Venu de l'état major de l'armée Debeney. Passé sous-chef d'état major de la 1re armée.


Colonel Naugés, du 27 mars 1918 au 9 décembre 1918. Venu de l'état major de la 1re armée. Passé sous-chef d'état-major de la VIe armée.


Colonel Hanquelle, du 10 décembre 1918. Venu du 206e R.I.

Résumé historique du 63e

Historique régimentaire 1914 - 1918

I.) LE MOIS TERRIBLE

II.) BATAILLE DE REIMS

III.) LE SECTEUR DES ATTAQUES

IV). EN ARTOIS

V.) VERDUN

VI.) LES SECTEURS DU SOISSONNAIS


VII) UN HIVER DANS LA SOMME

VIII) DANS LES FORÊTS ALSACIENNES

IX) DANS LES MONTS

X )LE SECTUR NORD DE REIMS

LA DEFENSE DE REIMS

LES COMBATS DE VOUZIERS

CHEF DE CORPS AYANT COMMANDE LE 63e

HISTORIQUE du 63° Régiment d'Infanterie

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