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Au son du clairon la soumission, au coup de sifflet l'éternité

Les combats majeurs du 63e RI

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Du départ de Limoges aux premiers combats

Si les mortels avaient su, si Dieu avait pu…

Mercredi 5 août 1914 -


La gare de Limoges ressemble à une débauche de couleurs d'un tableau de Delaunay. Elle est pleine de drapeaux, de troupes et de familles rassemblées pour le grand départ. Les soldats arborent le sourire de circonstance pour rassurer ces êtres chers qui se pressent autour d'eux. Les femmes ont des larmes plein les yeux mais s'efforcent de rester dignes de leurs hommes ; elles ne sont pas dupes, elles savent très bien au fond d'elles-mêmes que la guerre, elle tue. L'embarquement s'effectue sous les vivats, les fleurs et les calicots. Limoges n'est plus que bleu, blanc, rouge, bleu gris de fer, blanc mousseline et rouge garance. (Extrait du JMO )

 La fanfare exécute une vibrante Marseillaise reprise en cœur par une foule immense. Les coups secs des sifflets des locomotives à vapeur se noient dans la marée humaine qui ondule de ferveur sur les quais trop étroits de l'ancienne gare des Bénédictins.Un cliché, une pause, un sourire, de ses ultimes rayons lumineux, le soleil déclinant saupoudre de paillettes dorées la face des hommes agglutinés aux portières des wagons. Ils sont beaux, fiers et forts, ils ont l'air martial et le regard droit des élus qui partent vers la terre promise, dernière image d'avant le départ et pour la majorité, la dernière image qu'ils laissent d'eux à leur famille.

 En quatre ans de combat le régiment perdra près des deux tiers de son effectif

Le convoi est formé de trois trains, il emporte les trois bataillons du 63e régiment d'infanterie de Limoges, environ 3000 hommes (officiers et soldats).

Du 31 août 1914 au 2 février 1919, les chemins de fer français sont passes directement sous l'autorité militaire


Direction inconnue (le nord-est, l'Argonne), étape par Bourges et détour par la centrale de Paris le Bourget, sur la voie ferrée les convois de troupes se suivent à une cadence vertigineuse. Tous les trains du pays ont été réquisitionnés et déversent les divisions en échelons au plus près des frontières.Le voyage semble interminable. Allongés dans la paille les hommes remplissent leurs yeux de toutes ces provinces de France qui défilent dans l'encadrement des portes à coulisses des wagons à bestiaux. Pour beaucoup c'est la première fois qu'ils se rendent si loin de leur village .


7 août 1914 -


Après deux jours de transport le régiment débarque dans la région de Valmy, au pied de la statue de Kellermann .

Valmy le titre d'une autre page d'histoire et quelle page ! Valmy, symbole de la France, de la France républicaine et combattante !(Extrait du JMO)

* La plupart des commandants de compagnie rassemblent leurs hommes et en quelques mots évoquent les grands souvenirs.Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 page 6


 Les vibrations des wagons sur les rails et le rythme lancinant des pistons ondulant sur les flancs de la chaudière c'est terminé. Maintenant il va falloir compter sur la semelle des godillots … Ils savent tous que des combats violents se déroulent autour des frontières de l'Est mais guère plus. L'armée en est pas bavarde et ne s'exprime que par ordres du jour et slogans patriotiques.

Première quinzaine d'août.

Le 12e corps dans lequel est intégré le 63e régiment est bientôt engagé dans la grande bataille des frontières. Malgré la chaleur accablante, le régiment marche pendant des heures vers le nord Est, vers la Belgique. Il traverse la région boisée autour de Varenne et de la Ferté ; les hommes souffrent de ces longues marches sous la chaleur, ils courbent le dos sous le poids de l'équipement, 30 kilos sans compter le bidon, la musette et le fusil. ! Leur angle de vision a rétréci, les yeux ont perdu la curiosité du paysage qui les entoure, ils restent fixés sur les pierres du chemin sans fin qui défile sous leurs ombres. La nuit, écrasés par le sommeil, ils dorment à la belle étoile, enroulés dans leurs capotes avec des genêts pour matelas ; faute d'eau on ne se lave et ne se rase déjà plus.

Mardi 18 août 1914 -

Des bruits de tonnerre se répercutent dans le lointain. Pour la première fois de leur vie les hommes entendent le bruit du canon. Ils ne sont pas encore ces bêtes à l'affût, ces spécialistes aux oreilles expérimentées de la pétarade qui reconnaissent aux coups de départ ou d'arrivée le calibre des obus qui drainent la mort dans leurs sillages. ils ne sont, pour l'instant, que des bleus. Aucun n'a jamais encore connu le feu, ils sont déterminés mais l'angoisse se lit sur les visages, plus d'un ressent déjà des crampes à l'estomac Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 août, le 12e corps grignote de quelques dizaines de kilomètres la frontière de la Belgique.

dimanche 23 août 1914 -

 Sur le point d'être engagé le régiment doit faire demi-tour dans la forêt d'Orval ( Belgique), il doit obéir à l'ordre général de repli sur la Meuse, la bataille des frontières n'a pas tourné à l'avantage des pantalons garance, le 63e est chargé de couvrir la retraite. C'est le début d'une période très pénible où le régiment fournira quotidiennement l'arrière-garde du 12e corps,

La couleur de la gloire et le sillon des larmes

La retraite ; une marche harassante entrecoupée de courtes poses, il faut toujours être aux aguets et garder les réflexes du gibier ressentant sur sa nuque le souffle de la meute à ses trousses. Toute la journée les hommes marchent avec la hantise de voir surgir les boches dans leurs dos. La nuit du 23 est courte, ils dorment peu et pensent beaucoup à leurs familles. Seule consolation un repas chaud. Il a été très apprécié d'autant plus qu'il tient presque du miracle !

lundi 24 août 1914 -

5 heures du matin région de Carignan - l'aube est légère et lumineuse, la journée s'annonce radieuse. Après un jus vite avalé on reprend la marche, l'ordre vient d'être donne de soutenir le 50e qui, à quelques kilomètres de là, commence à faiblir sous la poussée ennemie. A midi le régiment se dirige vers le village de Blagny. On entend la fusillade dans le lointain, l'infanterie allemande est entrée en contact avec l'arrière-garde de la 24e division qui protégeait le secteur. Les hommes posent leurs sacs, fourbissent leurs armes et mettent les baïonnettes aux canons,

13 h, Blagny est tout proche, on entend nettement des cris et le bruit d'une fusillade nourrie, à moins d'un kilomètre on découvre l'ennemi, quelques obus de 105 viennent s'écraser lourdement assez loin en arrière dans un fracas de fin du monde. Les visages se ferment et les mains se crispent sur le fusil. L'ordre est donné au régiment de se mettre en ligne, le 1er bataillon [de VILLADARY ] s'exécute méthodiquement comme à la manœuvre, les lieutenants et les capitaines officiers de carrière sont aux premières loges. Officiers subalternes ils représentent l'honneur et le courage de ces hommes qui ont fait de l'armée leur métier. Ils seront ceux, qui sur le terrain seront fauchés les premiers .


On marche à travers champs vers l'objectif désigné, la côte 203


Arrivé en haut de la crête les hommes se couchent dans la luzerne qui parsème le sol de vert soyeux ; dans ces derniers jours du mois d'août, la terre de Lorraine sent bon le sucre et la sève. (Extrait du JMO)




Les boches sont à moins de cinq cent mètres, les balles sifflent de tous les cotés, c'est le baptême du feu, Les ordres fusent, tout va très vite, trop vite, la fatigue est oubliée seule la peur est présente. A l'assaut ! En avant pour la France ! Des bruits secs, des chocs mats, les corps s'affaissent, des hommes tombent sans pousser un cri. On devine plus l'ennemi que l'on ne le voit ; rien à voir avec les batailles représentées sur les images d'Epinal. Les boches tirent de derrière les bottes de foin, et, à l'abri, recroquevillés dans des tranchées peu profondes et creusées de frais, nos soldats s'éparpillent et se protègent derrière les haies tout en tiraillant sur des formes qu'ils distinguent mal. Sous la canicule une fusillade confuse dure jusqu'au soir, l'ordre de se replier est donné, c'est fini, les mains tremblent, on reprend, ses esprits, son souffle, face à la mort on ne peut tricher, maintenant beaucoup savent ce qu'ils valent. (Extrait du JMO)

Ils découvrent quelques soldats en feldgrau, des cadavres, ils sont comme eux ; ils ont un visage humain, ce sont des hommes.


Les premiers morts du régiment sont allongés dans les blés murs, les pantalons rouges inertes, forment comme de monstrueux coquelicots dans les épis jaunes croustillants. Les officiers relèvent leurs noms avant de les abandonner sur le terrain on n'a pas le temps de les enterrer. Les Allemands s'en chargeront par peur des épidémies.

On éprouve beaucoup de difficultés pour évacuer vers l'arrière les nombreux blessés. Toute la souffrance du monde semble contenue dans les cris déchirants et atroces qu'ils poussent, ils gémissent, ils pleurent, ils implorent, ils se débattent, la douleur n'a pas de nationalité, elle aime toutes les chairs et torture toutes les âmes. Beaucoup ne supporteront pas le voyage jusqu'au poste de secours et succomberont avant de recevoir les premiers soins. La traversée du petit cours d'eau de la Chiers par les Allemands a été retardée jusqu'au lendemain


.Mardi 25, mercredi 26 et Jeudi 27 août 1914 -


 La pénible retraite se poursuit jusqu'à la Meuse, les soldats perdent la notion du temps, les jours ne comptent plus et, demain, c'est l'éternité. (Extrait du JMO)


Vendredi 28 août 1914 -


 8 heures du matin. Pour empêcher l'ennemi de la franchir, le régiment est appelé pour renforcer la ligne de défense. Il établit ses positions à la lisière des bois de Yoncq près du village de la Besace, le village est vide, les habitants ont fuit la zone des combats, ils forment des colonnes pitoyables et misérables de réfugiés qui s'égrainent le long des routes. Les soldats ne peuvent rester insensibles à ce spectacle, leur haine de l'Allemand en devient palpable, un nouveau combat meurtrier se prépare près de ce petit village de France, son clocher se dresse avec orgueil vers le ciel de la province martyrisée comme le plus beau des étendards. Dans ce contact presque charnel qui les lie avec la patrie, les hommes sont prêt à se surpasser, ils prennent conscience qu'ils se battent pour quelque chose de plus grand qu'eux, pour quelque chose d'essentiel, la survie de la nation et de leur race. Les mâchoires se serrent, les muscles se contractent, les yeux deviennent durs, la peur maintient son emprise mais la haine et la colère sont plus fortes.


Pour faire face aux ennemis trop nombreux les soldats du 63e sont recroquevillés dans les fossés. Pendant trois heures, trois siècles, la bataille fait rage, le combat est acharné, les efforts plusieurs fois renouvelés des feldgraus sont repoussés, leurs assauts viennent se briser sur le feu nourris des mitrailleuses Saint-Étienne et des claquements secs des fusils Lebel. Ils paraissent innombrables, une véritable horde, petit à petit ils arrivent à s'infiltrer par la corne des bois, menacent d'envelopper le régiment. Il faut reculer pied à pied, le corps à corps devient inévitable, plus le temps de recharger les fusils, on se défend à la baïonnette, à la crosse de fusil et aux pelles de tranchées, des cris, des hurlements, des prières inachevées, et du sang partout.(Extrait du JMO)


Le deuxième bataillon commandé par le capitaine GUEYTAT résiste jusqu'au dernier moment avant de se replier pour permettre au reste du régiment de s'incruster sur une ligne de repli marquée par les hauteurs boisées de Stonne.

Sans en prendre vraiment conscience eux-mêmes, les hommes du deuxième bataillon deviennent des héros.

 On s'organise et on attend de pied ferme les Allemands qui semblent fatigués et rendus prudents par les pertes qu'ils ont subit également, ils laissent passer la nuit sans attaquer les avant-postes de la nouvelle position.(Extrait du JMO)

Des veilleurs nombreux et vigilants sont en place, prêts a ouvrir le feu a la moindre alerte, les soldats terrassés par la fatigue et la tension nerveuse, se sont écroulés dans l'herbe fraîche en serrant leurs armes contre eux. Le 63e fait ses comptes, les pertes de la journée ont été effroyables, rien à voir avec la guerre joyeuse qui leur était promise. En quelques heures presque un quart du régiment a fondu, il a perdu 9 officiers et 721 hommes, le lieutenant-colonel PAULMIER la mine défaite se demande si avec de telles coupes sombres son régiment ne va pas disparaître dans la tourmente. Il se souvient du départ de Limoges sous les vivats de la foule et de ces mots inscrits sur une banderole d'une des gerbes de fleurs offertes par les Limougeauds " Train de plaisir direct pour Berlin " c'était il y a peine un mois !et tous ces départements français qui sont tombés aux mains de l'envahisseur ! il enrageait de devoir encore reculer.


Paulmier Marie Joseph Marcel (1864-1951) lieutenant-colonel en 1914 Officier commandant le 63e régiment d'infanterie de ligne de Limoges du 2 août 1914 au 27 mai 1917 Passé au commandement de la 306e brigade d'infanterie puis officier commandant le 1er groupe de subdivisions du 12e corps d'armée.


Yoncq : témoignage d'un rescapé.


Le soldat Siorat, du 63e régiment d'infanterie, fut surpris, le 28 août, aux environs d'Yoncq (Ardennes), dans une tranchée où il s'était traîné après avoir été blessé. Un officier allemand lui demanda en français des renseignements sur sa blessure, puis, après lui avoir ordonné de se mettre debout et de tenir les mains en l'air, lui releva le devant de sa capote et lui tira deux coups de revolver dans le ventre. Siorat tomba évanoui, mais survécut à ce lâche attentat.


Source :

LES MARTYRS TOME XV La Commune et la Grande Guerre (1871-1914) Recueil de pièces authentiques depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle. R. P. Dom H. LECLERCQ PARIS 1924



l'énorme tribut, n'a pas été payé en vain. Le 63e RI a contribué au succès du 12 ème corps d'armée. L'armée Von Hauser, cruellement éprouvée a perdu 48 heures et n'a pu produire la fissure espérée dans les armées françaises, c'est une retraite mais pas une débâcle, rien à voir avec Sedan. Bien qu'elle courbe le dos et serre les dents sous le choc, l'armée française est encore une armée.


Des le lendemain on se dirige vers la ligne de l'Aisne, le 63e toujours en arrière garde a pour mission de tenir en respect les fractions avancées des boches, il doit continuellement faire attention de ne pas se faire déborder par des ennemis extrêmement nombreux. Ces journées éprouvantes on les supporte vaillamment mais le temps des chants de route tel que " auprès de ma blonde " ou " ah ! Les fraises et les framboises "que tout le régiment reprenait en cœur sont bien loin. Ecrasé par la fatigue, trempé de sueur, le dos voûté sous le poids du barda, travaillé par la soif et la faim on se concentre sur les talons de celui qui marche devant pour ne par perdre le rythme qu'impose les officiers., La logistique ne suit pas, aucune popote roulante n'est en vue, les ambulances restent invisibles.


Le système D français a vite trouvé ses limites et l'armée a un besoin sérieux de réadaptation à accomplir pour se mettre à la hauteur de cette guerre. On marche ainsi pendant cinq jours en se ravitaillant comme on peut. Théoriquement le pillage des fermes abandonnées, ou même celui d'un simple poulailler, est absolument interdit et sévèrement puni mais les officiers du 63e ferment souvent les yeux, on ne peut pas nourrir une troupe affamée de slogans patriotiques et de règlements militaires périmés. (Extrait du JMO)

Les estafettes devant MARSON

Soldat secourant son camarade blessé

Valmy statue Kellermann

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