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Au son du clairon la soumission, au coup de sifflet l'éternité

Les combats majeurs du 63e RI

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Verdun

VERDUN 6 avril - 30 juin 1916

il était une fois


Je me souviens d'un voyage organisé en car auquel, mes parents et moi, avions participé à la fin des années 60. A l'époque je devais avoir vers les neuf ou 10ans. Ce voyage qui était presque un pèlerinage , avait pour but de visiter la région de Verdun, la voie sacrée, l'ossuaire, les forts de Vaux et DOUAMONT la tranchée des baïonnettes, tous les lieux historiques de l'ancien front de Verdun.


De tous ces souvenirs impressionnants, de toutes ces images émouvantes, une pourtant a supplanté en intensité, toutes les autres.


Cette image c'est celle d'un ancien soldat qui participait également à ce voyage. C'était la première fois qu'il revenait sur les lieux où, tout jeune homme, il avait combattu. Ne pouvant contenir l'émotion qui l'étreignait il s'était mis doucement à sangloter. Jamais je n'oublierai, ses yeux inondés de larmes qui semblaient exprimer toute la tristesse du monde. Aucune phrase, aucun mot, immobile face à l'horizon, le regard perdu dans une autre époque que lui seul percevait, doucement, tout doucement il sanglotait ; oui monsieur Jean Bonneau, vos yeux, vos yeux immenses, vos yeux remplis de larmes et d'images du passé, exprimaient à eux seuls tout ce qu'avait du être Verdun .


Verdun, en un autre lieu, aux confins de l'humanité, là où la lumière se rétractait et la vie se lançait un défi quotidien .


Tels m'apparurent en vision les chevaux et leurs cavaliers ; ceux-ci portent des cuirasses de feu, d'hyacinthe et de soufre ; quant aux chevaux, leur tète est comme celle du lion, et leur bouche crache feu, fumée et souffre La bible L'apocalypse Ap 9-17




Jeudi 6 avril 1916


Le 63e prend position à Verdun, c'est la noria, il faut relever les régiments de première ligne avant leur usure complète, les relever avant que les effectifs ne fondent entièrement sous la violence quotidienne du choc auquel ils sont exposés .Sur ce front de Verdun il n'est pas rare que les nouveaux venus ne trouvent plus que les morts à relever.


Le 63e relève le 1er régiment d'infanterie dans le secteur de Bras. La côte du poivre, toute la position, n'est plus qu'un large terrain vague entièrement défoncé où il n'est pas toujours facile de s'orienter.


Notre tour est arrivé. Nous le prenons sans forfanterie, virilement. On sent meme chez les hommes une sorte de fierté. C'est un honneur que de passer par Verdun, c'est la consécration d'une carrière. La défense de Verdun admet-elle autre chose que des régiments d'élite ? - Il y a un coup de chien à donner, le 63e est là, il n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai. On fera voir aux copains que l'on en a vu d'autres.


Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 91 et 92

La côte du Poivre

BRAS- ruines de village


La ligne avancée court entre les innombrables trous d'obus sur les pentes sud de la côte du poivre (347 m ) qui n'est plus qu'une longue arête laminée de trois kilomètres de long. Elle s'allonge de Louvemont à Vacherauville.


La première ligne se trouve au sud de la route entre les ruines du village de Bras et du bois dévasté de Nawé.


La ligne de soutien se trouve à quelques centaines de mètres en arrière, elle passe par la ferme de Folie puis à l'est de Bras et remonte au sud du bois Nawé.


CÔTE DU POIVRE - et route de Louvemont


Dimanche 9 avril 1916


L'armée allemande déclenche une nouvelle offensive Cela fait trois jours que le 63e est recroquevillé dans ses tranchées, il reçoit un déluge de feu et de fer, un interminable pilonnage d'artillerie à tout broyer. Les tranchées sont dévastées et plusieurs abris n'ont pas mieux résisté à la puissance destructrice des gros obus. Les pertes s'accumulent, 18 tués et 42 blessés. A Verdun, survivre devient un privilège.  (Extrait du JMO)


Nos poilus en sont ébahis, ceux qui faisaient les "flambards " le confessent modestement : " c'est plus fort que tout ce qu'on avait vu "


Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 94

VERDUN - une tranchée du ravin de la mort

VERDUN - la cote 304 et le ravin de la mort


Du samedi 15 avril au mardi 18 avril 1916


Nouvelle préparation d'artillerie, en vue d'une attaque frontale trois jours de bombardement qui vont en s'intensifiant. Sous les déflagrations, les éclatements, et les soubresauts la terre n'en finit pas de gémir. La côte du poivre, les bois de Nawé et d'haudromont sont violemment pilonnés. Ces bois ne sont plus que des terrains déchiquetés, parsemés de déchets de toutes natures, aux replis éclaboussés et hachés de particules de fer. Les troncs d'arbres décapités, de couleur noir-pétrifié ; gisent là comme les dernières reliques d'un monde végétal en perdition.


Les sections sont incrustées au terrain, les oreilles bourdonnent et la tête est enfoncée dans les épaules. Les hommes sont figés dans la position du fœtus, geste de protection instinctif et dérisoire contre l'avalanche d'obus qui ravagent et déchiquettent tout sur leur passage.  (Extrait du JMO)


A Verdun la nuit n'existe pas. Il n'y a que des journées qui, dans leur horreur, se suivent et se ressemblent. Les pilonnages intensifs succèdent aux pilonnages intensifs, les attaques allemandes aux attaques allemandes ; le poilu, lui, résiste, ancré sur son bout de terre meurtrie, cramponné à sa glaise. Perdu dans son décor de fin du monde il défit les lois de la logique et de la raison.



Dimanche 7 mai 1916




Le régiment fait connaissance pour la première fois avec les gaz lacrymogènes. Moment de fébrilité et d'angoisse mais aucun incident grave n'est à déplorer ; les nouveaux masques ne donnent plus cette impression d'étanchéité douteuse que leur inspiraient les anciens et, de fait ils sont efficaces.




Du mercredi 10 mai au dimanche 14 mai 1916


Depuis leur arrivée à Verdun, les hommes croyaient avoir tout vu et tout vécu mais ces journées de ravages et de destructions, dépassent les limites de l'imaginable.


Impossible de lever la tète, les veilleurs tombent les uns après les autres, ils s'effondrent criblés d'éclats et, sans un cri, glissent au fond de la tranchée, ils sont aussitôt remplacés au créneau.


On ne peut se passer d'eux et risquer d'etre débordé par un imprévisible assaut de troupes allemandes.


La carrière où se trouve l'étroit PC du colonel est copieusement arrosée, l'abri mugit sous les coups de boutoir mais tient toujours debout.


Il existe de rares moments d'accalmie quand parfois la brume matinale tarde à se lever ou, a l'inverse, des moments terrifiants quand l'ouragan se déchaîne arrachant tout sur son passage (plus particulièrement entre10 heures et 13 heures puis entre 16 heures et 19 heures ). Dans ces cas là impossible de bouger d'un pouce.


Même pendant les rares moments de répit le ravitaillement et les corvées sont difficilement effectués. Des ravitailleurs héroïques sautent de trous d'obus en boyaux défoncés. Ils risquent la mort à chaque bond mais arrivent malgré toutes les difficultés, à progresser.


Il y a de la nourriture en quantité suffisante mais, l'eau potable devient rapidement plus précieuse que les munitions. (Extrait du JMO)


Vendredi 26 mai 1916


Un seul mot d'ordre : TENIR


Tenir, encore tenir. Au cœur de l'enfer le seul soutien, c'est le camarade, ce frère d'armes qui se tient blotti à coté de soi et qui, de par sa présence, de son martyr partagé apporte le réconfort face à l'absurdité de son destin.


Les pertes dues aux obus s'élèvent entre le 9 avril et le 26 mai a 60 tués et 150 blessés.


Les trois bataillons du 63e vont prendre leur repos à tour de rôle dans les profondes galeries humides de la citadelle ou des chambres calfeutrées de la caserne Jeanne-d'Arc à Verdun.


Les relèves sont périlleuses, aléatoires et redoutées car pour rejoindre ou quitter les premières lignes il faut toujours accomplir des marches pénibles, pliés en deux dans des kilomètres de boyaux creusés en zigzag étroits, glissants et pilonnés en permanence.


VERDUN - entrée de la citadelle

VERDUN - caserne Jeanne D'arc


Du Vendredi 26 au dimanche 28 mai 1916


Dans la nuit du 25 le 3e bataillon reçoit brusquement l'ordre d'attaquer et de reprendre le ravin de la Dame (bois Nawé).


Avant le levé du jour, sous une pluie d'obus, les hommes rejoignent la position d'attaque pour relever une unité qui n'existe plus que sur le papier. Ils partent au pas de charge baïonnette au canon et grenades dans la musette. Au prix de nombreuses pertes la 10e compagnie arrive à s'emparer d'une portion de la tranchée 3-4 mais ne peut aller plus loin.


Les poilus sont arrêtés par le tir précis des mitrailleuses et d'un réseau de barbelé infranchissable. La position est aménagée pour pouvoir tenir jusqu'à la relève qui interviendra dans la nuit du 26 au 27 mai.

(Extrait du JMO) (Extrait du JMO)



Jeudi 8 juin 1916


Le dépôt de grenades entreposé à la Folie explose, la ferme est entièrement rasée mais, par bonheur aucun homme n'est blessé par la déflagration.(Extrait du JMO)



Du vendredi 23 juin au vendredi 30 juin 1916


Grave nouvelle, l'ouvrage de Thiaumont est tombé aux mains des Allemands. Sans plus tarder le régiment remonte en ligne, le 1er bataillon occupe le bois du ravin du Pied-Gravier, le 2e, les pentes du ravin des Vignes. De cette position de départ, ils doivent contre-attaquer sur l'axe de la route qui part de l'abri MF2 à l'ouvrage de Thiaumont.


Le 24 à l'aube les hommes surgissent de la position d'attaque, Ils leurs a fallu trois heures d'effort continu pour y parvenir. Un coup de sifflet et c'est le tremplin de la mort. Ils s'élancent et courent à perdre haleine en sautant lourdement de trous d'obus en trous d'obus. Ils foulent le néant à pleines enjambées et découvrent l'horreur sous toutes ses formes.


On enjambe des blessés, des morts, les plus endurcis frémissent - Toutes les cotes sont en feu, l'immense ligne est embrasée. On a la sensation d'entrer dans une fournaise


Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 104 et 105


VERDUN - caserne Jeanne D'arc


Les guides de la 129e division ne s'y retrouvent plus, du bras, ils font des gestes vagues pour désigner un centre de résistance qui n'existe plus ou un point d'appui volatilisé. Aucune hésitation n'est possible ; le 2e bataillon fonce droit devant lui et arrive, à force de ténacité et après un violent corps à corps, à s'emparer du dépôt des quatre-cheminées, il fait 20 prisonniers et délivre un capitaine français blessé.


L'artillerie allemande réagit immédiatement et clou sous une avalanche d'obus de gros calibre les sections d'assaut qui restent ainsi bloquées jusqu'à la nuit sur la position conquise.


Le dimanche 25 à 2h30 :


Malgré le renforcement des lignes allemandes l'attaque reprend sous la lumière blafarde d'une multitude de fusées éclairantes 200 mètres de terrain sont encore gagnés aux prix de lourdes pertes mais impossible d'enlever l'abri 119 et le petit bois à l'est de la route.


11 h 00, nouvelle tentative, l'abri 119 est débordé par l'est mais comble de malheur, des obus de 155 français s'abattent sur une section de tète du 63e . Plusieurs hommes sont tués sur le coup ; il faut attendre que le tir s'allonge pour repartir à l'assaut mais c'est demander l'impossible car il devient vite évident qu'aucune progression n'est réalisable sur ce maudit terrain balayé de tous les feux adverses. Il ne reste plus aux hommes qu'à s'abriter de leur mieux dans les alvéoles noircies et les boursouflures de terrain.


L'ordre de fortifier la position et de tenir coûte que coûte vient d'arriver. Les petits gars du Limousin doivent se faire tuer sur place pour défendre cette parcelle de terre, cette parcelle de cendres de Lorraine.


Sous un terrible bombardement et, malgré leur épuisement, la faim et la soif, ils doivent relier les cratères les uns aux autres pour former un semblant de ligne. (Extrait du JMO)


Il y a des hommes qui n'entendent plus, qui croient vivre dans un cauchemar. - C'est la soif qui tourmente le plus les hommes. Aprés une averse ils puisent l'eau blanchâtre au fond des trous


Source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI Le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 Page 108



Verdun ; la mort du camarade.


Les sergents Cazalis et Pasturaud se trouvaient bloqués dans le même trou d'obus qui leur servait d'abri. Les vivres qu'ils avaient pu emporter étant épuisés ; le sergent Cazails se décida, malgré l'avis de son camarade trouvant la chose trop risquée sous ce feu d'enfer , à aller chercher une boite de sardine qui se trouvait dans son sac resté dans un trou voisin à quelques mètres de là. A peine s'est-il risqué à relevé la tète qu'il reçoit une balle en plein front qui le tue sur le coup.


Le sergent Pasturaud restera ainsi, avec le corps de son malheureux camarade sans avoir, ni la possibilité de pouvoir l'enterrer, ni celle de changer d'abri (*) et cela jusqu'à la relève, qui interviendra quatre jours après.

(*) Le combat se déroulant sous la chaleur du mois de juin, je vous laisse imaginer le supplice du sergent Pasturaud, voyant son camarade, littéralement, se décomposer sous ses yeux … Beaucoup plus tard, il rencontrera les parents du sergent Cazalis, auxquelles il rapportera les conditions de la mort de leur vaillant fils.

Source: témoignage du sergent Pasturaud.




Dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 juin le 1er bataillon est relevé par le 247e RI, trop éprouvé, il ne peut continuer le combat.

(Extrait du JMO) (Extrait du JMO)


Le 2e bataillon entame sa sixième interminable journée sur la position aménagée, il lui faudra attendre, la nuit du 29 au 30 pour etre enfin relevé. (Extrait du JMO)


Enfin dans la nuit du 29 au 30 nos hommes sont relevés, ils s'en reviennent en silence, cassés en deux, crottés, éreintés. Tout le long de la route, jusqu'à Verdun, gisent des morts, des chevaux éventrés. On ne les regarde pas. Il semble que la sensibilité soit morte. On allonge le pas. A peine un regard à la dérobée, presque indifférent, sur les petits groupes qui montent en ligne, les troupes fraîches. C'est naturel ! chacun son tour ! la bataille de Verdun continue…


source : J.Nouaillac sous-lieutenant au 63e RI le six-trois au feu édition Charles-Lavauzelle 1919 page 109


Trous d'obus et cadavres d'hommes et de chevaux

Cimetière de Bras au pied de la côte du Poivre.

Cimetière de Bras.

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